La BCE pose ses limites au marché des prêts LBO

le 24/11/2016 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Les leviers supérieurs à 6 fois l'Ebitda doivent rester l'exception. Les recommandations de la banque centrale européenne rejoignent celles de la Fed aux Etats-Unis.

La BCE pose ses limites au marché des prêts LBO
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Halte à la surchauffe ! Trois ans après ses homologues américaines, la BCE va mettre de l’ordre dans les pratiques de prêts à effet de levier (leveraged loans). La banque centrale européenne, qui avait enquêté sur le marché en 2015, a publié hier des recommandations aux banques. Sont concernées toutes les transactions faisant grimper l’endettement d’un emprunteur à plus de 4 fois l'Ebitda, et/ou tous les financements de sociétés détenues par des fonds LBO. La consultation est ouverte jusqu’au 27 janvier.

Principale recommandation aux institutions de crédit: le financement de toute transaction impliquant un levier supérieur à 6 fois l’Ebitda «devrait rester exceptionnel (…) et entraîner un renvoi au plus haut niveau du comité de crédit». «Pour la plupart des industries, un niveau de levier excédant 6 fois l’Ebitda soulève des inquiétudes», ajoute la BCE. Ce plafond de 6 fois équivaut à celui retenu en 2013 par les superviseurs américains, dont la Fed, pour l’activité de leveraged lending aux Etats-Unis.

La BCE détaille aussi les procédures à adopter en matière d’octroi de crédit et de syndication de dette. L’emprunteur doit pouvoir rembourser au moins la moitié de sa dette à un horizon de 5 à 7 ans. Un cadre spécifique pour le traitement des syndications bloquées depuis plus de 90 jours devra être établi.

Le marché des loans est en pleine effervescence en Europe, en raison d’une offre abondante de la part des prêteurs, et d’un manque relatif de gros LBO à financer ces derniers mois. «On prend un demi-tour de levier (0,5 fois l’Ebitda, ndlr) tous les six mois, comme à la grande époque de 2006-2007», sourit un banquier d’affaires. Les refinancements se multiplient, à l’avantage des emprunteurs, avec un relâchement des clauses protectrices (covenants) et le retour de structures agressives comme la dette PIK à intérêts capitalisés in fine.

Si elles tombent à point nommé, ces recommandations ne constituent pas la panacée. Elles ne s’appliquent pas aux acteurs non bancaires (fonds de dette, CLO, etc…) de plus en plus présents sur ce marché. Aux Etats-Unis, la réforme de 2013 a ainsi fait reculer en deux ans de 92% à 83% la part de marché des 20 premiers prêteurs, selon une analyse de Willkie Farr, suggérant que les acteurs alternatifs ont pu reprendre le flambeau pour les transactions dépassant 6 fois l’Ebitda.

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