Les régulateurs durcissent le ton à l’égard des concentrations directes

le 13/05/2016 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Le montant des fusions annoncées en 2015, mais abandonnées pour motif réglementaire, atteint 908 milliards de dollars.

Le marché des fusions et acquisitions n’a pas tenu ses promesses en 2013 - Photo : Fotolia

Contrairement aux chiffres publiés début janvier, le millésime 2015 n’a finalement pas battu le record de 2007 en matière de fusions et acquisitions (M&A) à l’échelle mondiale. La faute en incombe à la multiplication des opérations de grande taille abandonnées au cours des dernières semaines sous la pression des autorités réglementaires aux Etats-Unis et en Europe. Selon Bloomberg, le montant des transactions annoncées l’an dernier, mais abandonnées depuis lors, atteint à l’heure actuelle 908 milliards de dollars (796 milliards d’euros). Ceci ramène la valeur globale des opérations de M&A à 4.080 milliards de dollars sur l’ensemble de 2015, contre un total de 4.090 milliards en 2007.

A quelques heures d’intervalle mercredi, la Commission européenne a interdit le projet d’acquisition de l’opérateur mobile britannique O2 par le conglomérat hongkongais Hutchison pour 10,3 milliards de livres (13 milliards d’euros), tandis qu’un tribunal fédéral de Washington a bloqué la fusion à 6,3 milliards de dollars entre Staples et Office Depot, qui était destinée à créer un géant dans les fournitures de bureaux outre-Atlantique. En 1997, la Commission fédérale du commerce (FTC) était déjà parvenue à faire échec à un rapprochement entre ces deux entreprises.

Des deux côtés de l’Atlantique, ces décisions ont été motivées par la crainte des autorités de voir à la fois les prix augmenter et la qualité de service diminuer pour les consommateurs. Elles témoignent également d’une volonté similaire d’éviter le rapprochement d’acteurs déjà puissants qui se trouvent en concurrence directe sur un segment de marché spécifique. «Nous constatons une nette accélération en matière d’application de la réglementation sur les fusions», commente Seth Bloom, avocat spécialisé dans les législations antitrust à Washington, en ajoutant que ce mouvement «est particulièrement net aux Etats-Unis».

Début mai, ce sont les groupes parapétroliers Halliburton et Baker Hugues qui ont dû renoncer à leur projet de fusion évalué à 35 milliards de dollars. Selon Seth Bloom, l’expiration prochaine du mandat du président Barack Obama n’est pas étrangère à cette surveillance plus rigoureuse, le spoil system en vigueur dans l’administration américaine conduisant de nombreux fonctionnaires à accélérer le processus de décision avant de quitter leur poste. 

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(Illustration L'Agefi.)

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