Paris doit lutter à armes égales

le 03/11/2016 L'AGEFI Hebdo

Paris doit lutter à armes égales
(Pierre Chiquelin)

Le 25 octobre dernier, les historiens commémoraient la bataille d’Azincourt durant laquelle la fleur de la chevalerie française, lourdement cuirassée, fut mise en déroute par des archers anglais trois fois moins nombreux mais bien plus habiles. Six cent un ans plus tard, les députés ont fêté à leur façon cette débâcle, en lestant de boulets fiscaux la Place financière de Paris au moment où elle engage un combat bien plus pacifique pour attirer à elle les exilés du Brexit. Peut-être faut-il y voir la marque d’un certain génie français. Aveugle au monde qui l’entoure, il corsète l’initiative privée à l’heure où l’agilité s’impose comme la clé du succès des organisations et des entreprises.

Dans la concurrence qui l’oppose à Dublin, à Francfort et au Luxembourg pour accueillir une partie des activités de la finance londonienne (lire l’Evénement page 8), Paris doit composer avec un handicap majeur et bien connu : l’instabilité de ses règles fiscales et sociales, soumises aux caprices des gouvernements et des majorités parlementaires, quelle que soit leur couleur politique. Les techniciens peuvent légitimement disserter sur le juste niveau d’imposition des actions gratuites ou le véritable impact d’une taxe sur les transactions financières qui s’apparente, en France, à un simple impôt de Bourse.

Le message que les députés viennent d’envoyer n’en est pas moins déplorable, surtout auprès des décideurs étrangers qui gardent encore à l’esprit le souvenir de la taxe à 75 % sur les hauts salaires. La désinvolture des parlementaires est d’autant plus consternante que pour la première fois, un consensus se dessine entre l’industrie financière, les régulateurs et plusieurs centres de décision politiques, de Matignon à la Région Ile-de-France, pour armer Paris dans la campagne de conquête des talents de la City.

A l’approche de l’élection présidentielle, il est à craindre que les professionnels ne trouvent guère de secours dans le politique ces prochains mois. Ils devront compter sur leurs propres forces et sur des mesures techniques, comme celles avancées par le groupe de travail « Frog » sur la gestion d’actifs. Ces réformes sont certes bienvenues mais pas suffisantes pour faire basculer le rapport de force dans l’esprit des décideurs étrangers.

Pendant ce temps, Francfort s’affirme comme le plus redoutable concurrent de Paris du fait de sa proximité avec la BCE. Son industrie financière veut aujourd’hui assouplir les règles de licenciement des banquiers les mieux payés outre-Rhin afin de se rapprocher des standards de Londres, un régime dérogatoire que Bercy a déjà exclu d’adopter en France. Nul ne sait si les lobbyistes francfortois seront entendus de Berlin, mais au moins peuvent-ils mener campagne sans craindre que le Bundestag ne leur décoche dans le dos un carreau d’arbalète. C’est le minimum que l’on puisse souhaiter à la Place de Paris. 

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