La chronique de l'actualité

Engie, le bal des irresponsables

le 07/02/2020

Olivier Pinaud

La guerre des chefs chez Engie vient de nous gratifier d’une des pires crises de gouvernance qu’ait connues le CAC 40. Par le passé, les affaires Vinci ou plus récemment EssilorLuxottica avaient, elles aussi, donné une piètre image du capitalisme français et de ses dirigeants, prêts à tout pour défendre leur poste et leur égo, sans se soucier des conséquences éventuelles sur l’activité et les salariés.

Dans le cas d’Engie, et sans juger des raisons, bonnes ou mauvaises, d’écarter Isabelle Kocher de la direction générale, l’affaire est encore plus désastreuse. Engie n’est pas une entreprise comme les autres. Engie est une entreprise partiellement détenue par l’Etat. C’est même toujours son premier actionnaire. Quant à l’activité d’Engie, la fourniture d’énergie, elle est stratégique en France et en Belgique.

Et pourtant, jamais durant ces deux mois de conflit entre le conseil d’administration d’Engie et sa directrice générale, l’Etat n’a joué le rôle de chef que son statut de premier actionnaire lui impose. Pire, le silence assourdissant du ministre de l’Economie a donné tout loisirs à Isabelle Kocher d’engager sa défense. Avec la pugnacité que même ses opposants lui reconnaissent.

Il aura fallu une pétition de soutien bien maladroite pour qu’enfin l’Etat siffle la fin de la bataille rangée.

Trop tard, les dégâts sont profonds et vont probablement bien au-delà du seul conseil d’administration. De nombreux membres du comité exécutif nommés par Isabelle Kocher se trouvent aujourd’hui de fait fragilisés. Et on ne parle pas des 158.000 salariés d’Engie qui, pendant que leurs dirigeants s’étripaient en public, continuaient de faire tourner les turbines.

Au moment où les entreprises, les dirigeants, les investisseurs et l’Etat n’ont que le mot responsable à la bouche, il serait temps que chacun d’entre eux montre qu’être responsable c’est plus qu’un slogan marketing.

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