La chronique de l'actualité

La gouvernance de Renault-Nissan à l’épreuve du consensus

le 13/03/2019

Olivier Pinaud

Renault et Nissan engagent une révolution culturelle. Habitués pendant plus de dix ans à l’omnipotence de Carlos Ghosn, les deux constructeurs automobiles vont découvrir la gestion par consensus.

Le conseil opérationnel dévoilé hier sera chargé de piloter de façon équilibrée l’alliance entre Renault, Nissan et leur nouveau partenaire Mitsubishi. Les Japonais ont milité à plusieurs reprises dans le passé, et obtenu dans certains cas, une meilleure répartition du pouvoir de décision. La nouvelle organisation annoncée hier répond sur ce point à leurs attentes.

L’équilibre se retrouve dans la composition de ce conseil opérationnel. Les deux constructeurs japonais auront chacun un représentant, en la personne de leur directeur général respectif. Renault en aura également deux : son directeur et son président. Il est écrit que la présidence de ce conseil opérationnel reviendra au président de Renault.

Avec ce nouveau visage, les trois partenaires se disent en mesure de mieux faire rayonner l’Alliance. Il sera l’organe suprême de gouvernance des opérations des trois constructeurs. Il initiera les projets, constituera des comités opérationnels spécifiques et aura le pouvoir final de décision.

Vertueux sur le papier, ce fonctionnement consensuel résistera-t-il à l’épreuve des faits ? Comment seront gérés les arbitrages industriels, technologiques et sociaux ? Sans compter que la composition équilibrée entre Français et Japonais fait courir le risque qu’aucune majorité ne se détache sur les sujets les plus sensibles. L’absence de consensus se transformerait en immobilisme.

La création de ce conseil suprême a le mérite de répondre à la crise de gouvernance soulevée par l’arrestation et le limogeage de Carlos Ghosn, et d’aplanir toutes les dissensions.

Mais elle écarte aussi de fait la perspective d’une fusion pure et dure entre Renault et Nissan, opération tant redoutée par le camp japonais, inquiet de perdre définitivement la main sur son constructeur. Sur ce plan, le consensus ressemble à une victoire pour les Japonais.

Sur le même sujet

A lire aussi