La chronique de l'actualité

Le capitalisme à la française fait école en Europe

le 28/02/2019

Alexandre Garabedian

Il est essentiel qu’Air France KLM soit géré sans interférence étatique nationale » Telle a été la réaction du ministre français de l’Economie Bruno Le Maire, après l’achat surprise par les Pays-Bas de près de 13% du capital du groupe aérien. Ces propos ont dû faire sourire plus d’un dirigeant dans le monde, tant l’entrée en force des Néerlandais chez Air France KLM rappelle quelques coups d’éclat de ce côté-ci du Quiévrain. En 2015, un certain Emmanuel Macron, ministre de l’Economie, avait porté de 15 à près de 20% la part de l’Etat chez Renault-Nissan, afin de peser sur la gouvernance du constructeur. Un mouvement qui a durablement altéré la relation de confiance entre les clans français et japonais, comme l’a illustré ces derniers mois l’affaire Carlos Ghosn. S’agissant d’Air France, l’ombre tutélaire de l’Etat a pesé pendant des années sur le climat social de la compagnie aérienne et miné la capacité de ses dirigeants à la réformer. Résultat, l’écart de performance se creuse entre le néerlandais KLM, vache à lait du groupe, et Air France, ce qui attise les tensions du côté de La Haye.

L’interventionnisme d’Etat, marque du capitalisme à la française, gagne donc aujourd’hui des pays de tradition libérale comme les Pays-Bas. La France fait école en Europe, pour le meilleur et pour le pire. Le meilleur, c’est cette nouvelle volonté franco-allemande de doter l’Union européenne d’une véritable politique industrielle, et non pas de la réduire à un vaste marché de 500 millions de consommateurs ouvert aux appétits américains ou chinois. Le pire survient quand la protection de l’intérêt national sert d’alibi aux manœuvres politiques sans logique économique. De ce point de vue, même si les Pays-Bas ont des motifs de frustration légitimes, la violence de la manœuvre et son calendrier sont contre-productifs. En crispant la gouvernance du groupe, La Haye met en péril le redressement impulsé par le Canadien Ben Smith depuis son arrivée à la direction générale mi-septembre. Ces interférences politiques font déjà un grand perdant, les actionnaires d’Air France KLM, dont la valeur s’est effondrée mercredi en Bourse.

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