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Carlos Ghosn, le point faible de Renault

le 20/11/2018

Olivier Pinaud

Conforté par un succès industriel indéniable, Carlos Ghosn s’est longtemps fait tirer l’oreille pour organiser sa succession à la tête de Renault-Nissan. L’affaire de dissimulation de revenus révélée hier par le constructeur automobile japonais va nécessairement précipiter le mouvement, avec un risque évident de déstabilisation d’un édifice construit sur un savant jeu d’équilibre entre cultures française et japonaise.

Dès jeudi, le conseil d’administration de Nissan démettra Carlos Ghosn de sa fonction de président. Difficile d’envisager que Nissan prenne une décision si radicale sans disposer d’éléments de malversations forts et avérés. On voit mal dès lors comment le conseil d’administration de Renault pourrait ne pas révoquer à son tour le dirigeant.

La confirmation de Carlos Ghosn comme PDG du constructeur français compromettrait les relations avec le partenaire japonais, jetterait un doute sur le fonctionnement du conseil d’administration de Renault et fragiliserait la position de l’Etat français, à la tête de 15% du capital du groupe au Losange et représenté par deux administrateurs à son conseil.

Un soutient de l’Etat français serait d’autant plus difficile à comprendre alors qu’il se battait depuis des mois contre la concentration des pouvoirs chez Renault, n’hésitant pas à attaquer publiquement le point faible de Carlos Ghosn : sa rémunération.

Habitué depuis des années à l’hyperconcentration des pouvoirs entre les mains d’un seul homme, Renault va donc devoir apprendre en quelques heures à vivre sans son dirigeant jupitérien. Numéro deux officiel de Renault, Thierry Bolloré n’a accédé à la direction générale qu’en février 2018, et encore seulement en tant qu’adjoint. Malgré sa légitimité, s’il venait à prendre la tête de Renault, sa position ne serait pas la meilleure pour discuter du réaménagement de l’alliance avec Nissan.

En révoquant sans prendre de gants Carlos Ghosn, Nissan marque aussi clairement son territoire. Les Japonais n’ont jamais été de chauds partisans d’un renforcement des liens avec Renault. Le futur PDG de Renault devra défendre l’alliance et démontrer qu’elle n’était pas le projet que d’un seul homme.

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