L’activisme devrait repartir en Europe en 2021

le 09/12/2020 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

161 entreprises pourraient être ciblées, dont 25 en France, en particulier dans la technologie et la santé, selon le dernier rapport d’Alvarez & Marsal.

Siham Slaoui, associée chez Alvarez & Marsal à Paris
Siham Slaoui, associée chez Alvarez & Marsal à Paris

La crise du Covid-19 aura eu au moins un avantage pour les entreprises : freiner les attaques activistes. Mais ce répit ne devrait être que de courte durée. Sur les 1.601 entreprises européennes suivies, la société de conseil Alvarez & Marsal estime que 161, soit 10%, «courent un risque important» d’être la cible d’une campagne activiste en 2021, selon son rapport annuel publié aujourd’hui. Fin 2019, elle identifiait 158 sociétés, dont 44 ont fait l’objet d’attaques publiques d’activistes. Alvarez & Marsal anticipe notamment un regain d'intérêt pour les cibles britanniques (60 contre 54 fin 2019). Le pays offre un cadre réglementaire et de gouvernance particulièrement favorable à l’activisme, et des sociétés ont été particulièrement touchées par la crise. Sur les 18 prochains mois, 25 sociétés françaises pourraient être attaquées, particulièrement dans les technologies, et 25 en Allemagne. «Si les activistes peuvent encore effrayer les sociétés françaises, leurs campagnes sont désormais généralement mieux préparées, moins agressives, et plus constructives avec des propositions présentant plus de potentiel, confie Siham Slaoui, associée chez Alvarez & Marsal à Paris et une des auteurs de l’étude. L’intérêt, tant des cibles que des activistes, doit être de créer de la valeur à long terme pour les actionnaires. Si la voie pour y parvenir n’est pas convenue, une campagne publique suivra. Les activistes savent de mieux en mieux piloter avec succès de telles campagnes.»

La transformation opérationnelle
crée de la valeur

Si les campagnes activistes ont reculé de 30% cette année (et même de 50% au deuxième trimestre), le contexte sanitaire a créé de nouvelles opportunités. Les entreprises les plus fragilisées feront des proies faciles pour les fonds. «Les campagnes axées sur des programmes de transformation opérationnelle – avec des fusions, cessions, acquisitions, ou réductions de coûts – capables de récréer de la valeur dans les entreprises sous-performantes, devraient être les plus fréquentes. Nos analyses montrent aussi que ces programmes génèrent souvent le rendement le plus élevé pour les autres actionnaires», anticipe Siham Slaoui. En effet, sur 245 campagnes activistes menées depuis 2007, celles axées sur la transformation opérationnelle sont les plus créatrices de valeur, avec une surperformance moyenne de ces sociétés de 3,4% en Bourse par rapport aux indices, constate l’étude. En revanche, les campagnes recherchant un changement de gouvernance se soldent par une sous-performance de 2%.

Conséquences de la crise, les sociétés technologiques (29 cibles pour 2021, contre 24 pour 2020) et de la santé (17 cibles, contre 14) deviennent maintenant des proies privilégiées : «Ces deux secteurs ont enregistré des performances très hétérogènes, et inférieures à celles que le marché pouvait espérer, notamment dans la santé où les bénéfices ne progressent pas toujours, malgré une hausse du chiffre d’affaires», poursuit Siham Slaoui.

Coalition d’activistes et d’institutionnels

Le secteur de la consommation, avec 25 cibles (contre 32 en 2020 et 43 en 2019), séduit moins. En effet, au sein de ce dernier secteur, les segments de l'hôtellerie, de la distribution et du tourisme, trop affectés touchés par la crise ne devraient pas intéresser les activistes, qui préfèrent se concentrer sur des entreprises peu performantes mais dont les perspectives de reprise sont claires.

L’industrie restera néanmoins le secteur le plus ciblé en 2021 avec 61 sociétés dans le viseur, soit 38% des entreprises à risque contre 33% l’an dernier.

La pression autour des questions sociales et environnementales devrait continuer à progresser, et mettre en danger les entreprises qui affichent les moins bonnes notes ESG. Les activistes pourraient s’appuyer sur les campagnes des grands investisseurs institutionnels lors de la saison 2020 des assemblées générales, et même former des coalitions avec ces investisseurs : «Les activistes, qui détiennent généralement moins de 10% du capital, ont besoin de dialoguer avec les actionnaires et de les embarquer», ajoute Siham Slaoui. Le sujet de la diversité, en particulier dans les conseils d’administration, devient un sujet de préoccupation. Les sociétés où la mixité est équilibrée, risquent moins d’être ciblées par des activistes.

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