Proxinvest se félicite de l’amélioration du dialogue sur les rémunérations

le 26/11/2020 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

La rémunération moyenne d’un patron du CAC 40 a reculé de 10% en 2019 à 5,2 millions d’euros, mais son fixe progresse trop vite, selon le proxy

Les assemblées générales 2015 placées sous le signe de la loi Florange selon Proxinvest. Crédit Fotolia.
Proxinvest a également dévoilé son rapport sur les AG et l’activisme actionnarial.
(Crédit Fotolia.)

Surprise. La rémunération totale moyenne d’un patron du CAC 40 a reculé de 10% en 2019 à 5,2 millions d’euros, selon le rapport 2020 de Proxinvest sur la rémunération des dirigeants de sociétés françaises. Elle reste toutefois au deuxième niveau le plus élevé en dix ans. Au sein du SBF 120, la rémunération croît de 2% à 3,7 millions d’euros, mais reste en dessous du record de 3,8 millions de 2017. La part en actions dans la rémunération totale ne cesse de progresser et atteint de nouveaux records à 41,8% dans le CAC 40 et 35,8% dans le SBF 120.

Proxinvest fustige la hausse «beaucoup trop rapide» de 2,7% du fixe des patrons du CAC 40 à 1,2 million d’euros (contre +1,5% dans le SBF 80), alors que l’inflation n’était que de 1,1%. La palme est attribuée à Maurice Ricci, PDG d’Akka Technologies avec un fixe record de 2,6 millions d’euros.

Le paiement en actions, source de dérive

Si le variable recule cette année de 8% dans le CAC 40 et de 1,1% dans le SBF 80, il a respectivement progressé de 36% et 74% depuis 2009. Il représente 105% du fixe dans le SBF 120. Cette baisse exceptionnelle s’explique notamment par 11 cas de réduction ou de renonciation au bonus annuel en raison de la crise du Covid-19, et trois cas d’absence totale de bonus annuel chez Atos (Thierry Breton a quitté le groupe), EssilorLuxottica (en raison du scandale en Thaïlande) et Sanofi (rejet par les actionnaires). Proxinvest se félicite que désormais 90% du CAC communiquent sur les taux de réalisation de chacun des critères du variable. Mais seulement 31% rendent des comptes sur les objectifs qui doivent être atteints. Le nouveau tableau sur l’appréciation des conditions de performance demandé par l’AMF dans son rapport sur les rémunérations publié mardi devrait permettre une nouvelle amélioration, anticipe Proxinvest.

La rémunération actionnariale (actions et options) progresse de 8% dans le SBF 120 à 1,4 million d’euros, mais est source de dérives, estime Proxinvest. Il fustige notamment les 7,9 millions attribués à Douglas Pferdehirt, PDG de Technip-FMC, dont les actions gratuites sont sans condition de performance. «Attention à ne pas importer en France les mauvaises pratiques de rémunération américaine», alerte Loïc Dessaint, directeur général de Proxinvest.

La cohésion sociale est-elle alors respectée ? Pour la première fois depuis 2014, la rémunération moyenne des salariés a progressé (+5,8%), tandis que celle des dirigeants a reculé (-7,4% à échantillon constant) dans le CAC 40. Toutefois, sur 2014-2019, cette rémunération a crû de 28% pour les patrons, mais seulement de 17% pour les salariés. Désormais un patron sur cinq du SBF bénéficie d’une rémunération supérieure au plafond socialement responsable de 5 millions d’euros fixé par Proxinvest. Et même quatre dépassent les 10 millions d’euros, avec en tête Bernard Charlès, directeur général Dassault Systèmes (24,7 millions d’euros, dont 21,7 millions d’actions de performance). «Une attribution très généreuse, mais challenging, en raison de l’objectif exigeant de croissance du bénéfice net par action », explique Loïc Dessaint. Suivent Douglas Pferdehirt, PDG de Technip-FMC (13,7 millions), Daniel Julien, PDG de Teleperformance (13,2 millions), et François-Henri Pinault, PDG de Kering (11,1 millions d’euros, dont 5,7 millions de convention de services facturées par Artemis, holding de la famille Pinault).

Peut mieux faire sur le ratio d’équité

Proxinvest se félicite aussi de l’amélioration du dialogue actionnarial, plus constructif. Citant notamment Rubis, qui propose lors de son AG du 9 décembre prochain, de modifier l’article 56 de ses statuts, qui prévoit le versement d’un dividende égal à 3% de la performance boursière globale aux associés commandités (22,3 millions d’euros en 2019). Demande du proxy depuis 2017. En effet, les commandités profitent de la hausse du titre mais ne reversent rien en cas de baisse du titre. La société va ainsi introduire une clause «high water mark». Autrement dit, la performance ne sera plus calculée entre la fin des l’années N et N-1, mais entre l’année N et celle faisant ressortir le cours de l’action Rubis le plus élevé (la moyenne des 20 derniers cours d’ouverture) parmi les trois années précédentes.

Dans le cadre du nouveau rapport sur les rémunérations, Proxinvest recommande de communiquer sur le périmètre monde (seuls Scor et Spie l’ont fait) et France, a minima, pour le ratio d’équité. Cette comparaison des rémunérations du dirigeant et des salariés doit prendre en compte des indicateurs de performance. Proxinvest demande au moins un critère extra-financier. Quant aux critères ESG de la rémunération variable du dirigeant, ils doivent être «précis, quantifiables et vérifiables», exige Proxinvest, constatant qu’au sein du CAC 40, 37% des critères – qualitatifs ou quantitatifs – ne sont pas vérifiables. L’agence de conseil en vote ne veut pas de critères généraux et encore moins d’indicateurs «stratégie RSE», «fourre-tout ne permettant pas à l’actionnaire de comprendre quels éléments sont pris en compte».

Prix de la gouvernance

Mi-décembre, Proxinvest dévoilera sa politique de vote pour 2021. Pour la prochaine saison des AG deux sujets seront particulièrement sensibles, le versement de dividende, et la rémunération variable des dirigeants, les objectifs ayant été définis avant la crise sanitaire seront vraisemblablement inatteignables.

Par ailleurs, Proxinvest a également dévoilé son rapport sur les AG et l’activisme actionnarial et décerné ses premiers prix récompensant les bonnes pratiques de gouvernance de sociétés européennes. Pour les AG Thermador et l’espagnol Bankinter ont été primés. Côté rémunérations, Worldline – notamment pour avoir introduit une clause de remboursement (clawback) du bonus – et l’espagnol Red Electrica remportent la palme. Et Legrand gagne le prix de l’innovation ESG, pour avoir utilisé un critère ESG parmi ses indicateurs de performance.

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