Nissan se résout à changer de tête

le 10/09/2019 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Le constructeur annonce la prochaine démission de son directeur général, Hiroto Saiwaka.

Hiroto Saikawa annonce en conférence de presse, à Yokohama le 9 septembre 2019, qu’il quittera ses fonctions à Nissan dès que son successeur aura été trouvé.
En conférence de presse à Yokohama le 9 septembre 2019, Hiroto Saikawa déclare qu’il quittera ses fonctions à Nissan dès que sa succession sera assurée.
(Bloomberg)

La dernière révélation sur les pratiques financières au sein de Nissan aura eu raison de son directeur général, Hiroto Saikawa. Déjà fragilisé par les accusations de malversations financières qui ont coûté son poste à l’ancien patron Carlos Ghosn en novembre dernier, et par les doutes sur son propre comportement, Hiroto Saikawa, qui a admis jeudi dernier un trop-perçu dans sa rémunération, démissionnera lundi 16 septembre. Yasuhiro Yamauchi, actuellement directeur général adjoint, assurera l’intérim. Nissan précise dans un communiqué qu’il souhaitait trouver un successeur définitif d’ici à la fin octobre.

«Saikawa a récemment indiqué qu’il penchait pour une démission et, conformément à sa volonté de passer le relais à une nouvelle génération de dirigeants chez Nissan, il démissionnera le 16 septembre», a déclaré le président de Nissan, Yasushi Kimura, à la presse hier. La nouvelle a été annoncée à l’issue d’un conseil d’administration du constructeur, au cours d’une conférence réunissant ses membres ainsi que plusieurs responsables des trois comités de gouvernance (nominations, rétributions, audit) créés cette année suite au scandale Ghosn.

L’audit interne commandé par le comité homonyme, dont les conclusions avaient fuité dans la presse la semaine dernière, a révélé que le directeur général avait manipulé ses share appreciation rights (SAR), mécanisme créé sous l’ère Ghosn permettant de toucher un bonus correspondant à la plus-value liée à une hausse de l’action Nissan. Le rapport confirme les accusations publiques de Greg Kelly, ancien bras droit de Carlos Ghosn et également poursuivi par la justice japonaise. Selon lui, Hiroto Saikawa a délibérément fait différer la date d’exercice prévue de ses SAR en 2013 dans le but de gonfler sa prime, l’action Nissan ayant progressé de 10% dans l’intervalle. Dans son cas, la presse japonaise évoque la somme de 47 millions de yens (400.000 euros), que le responsable affirme avoir touchée malgré lui, pensant être en règle.

Les représentants de Renault (actionnaire de Nissan à hauteur de 43,4%) assistaient au conseil – à savoir le président, Jean-Dominique Senard, et le directeur général, Thierry Bolloré. Ils étaient mécontents du maintien en poste de Hiroto Saikawa, lui qui avait sonné l’hallali contre Carlos Ghosn après avoir bénéficié de son soutien des années durant. D’autres actionnaires exigeaient publiquement son départ. Maintenu malgré tout en juin lors de l’assemblée générale, Hiroto Saikawa avait promis de préparer sa succession au plus vite – mais sans préciser d’échéance, au prétexte que l’urgence était de redresser les finances de Nissan, qui se sont fortement dégradées en deux ans.

Renault a donc obtenu gain de cause, sachant que la position du patron de Nissan n’était plus tenable – d’autant plus que le cours de Bourse du constructeur de Yokohama n’a cessé de dégringoler. Parmi les candidats au poste figurent des non-Japonais, des femmes et les propositions émanant de Renault, a indiqué hier Masakazu Toyoda, le président du comité des nominations de Nissan. Ce changement pourrait aider à fluidifier les relations entre les deux constructeurs. Cette confiance dégradée a été l’une des causes ayant empêché Fiat Chrysler Automobiles et Renault de conclure leur projet de rapprochement en juin.

Une telle perspective pourrait contribuer à redresser le cours de Bourse de Nissan, mais le retour en grâce de l’action dépendra tout autant de l’assainissement des finances du groupe. Depuis l’arrestation de Carlos Ghosn, le 19 novembre 2018, son cours a perdu 33%, celui de Renault 12% (terminant en hausse de 2,2% hier), alors que l’indice MSCI World Automobiles n’a perdu que 3,3%.

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