«Ces activistes, qui ont pour objectif de déstabiliser l’entreprise, nous inquiètent»

le 16/10/2018 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Agnès Touraine, présidente de l’IFA, juge déraisonnable les retours promis par ces fonds. Elle recommande aux sociétés d'évaluer les scénarios de risques.

Agnès Touraine, présidente de l’Institut français des administrateurs (IFA)
Agnès Touraine, présidente de l’Institut français des administrateurs (IFA).
(DR.)

L’Agefi : Comment percevez-vous la montée en puissance des activistes en France ?

Agnès Touraine : Le mouvement activiste, né aux Etats-Unis, arrive naturellement en Europe et s’accélère, avec 152 milliards d’euros d’actifs sous gestion en 2016, trois fois plus qu’en 2012. Nous ne sommes qu’au début d’un mouvement important en Europe et en France. Ces activistes, qui ont pour objectif de déstabiliser l’entreprise – d’ailleurs on parle d’«attaque» – nous inquiètent. D’autant plus quand leur stratégie s’accompagne de ventes à découvert pour faire baisser l’action, voire de dénonciations et d’attaques personnelles par voie de presse.

Les activistes interviendraient-ils si les conseils d’administration étaient efficaces ?

Ce n’est pas qu’une question de gouvernance même si c’est sur ce point que les activistes attaquent en priorité. D’ailleurs, la France affiche une des meilleures gouvernances mondiales. Aussi, les conseils doivent impérativement être préparés à des attaques potentielles. Si 75% des campagnes activistes débutent de manière collaborative et amicale, 60% finissent en conflit. Rien de surprenant puisque ces fonds promettent en moyenne 20 à 25% de rendement à leurs actionnaires. Un taux de retour déraisonnable pour une entreprise.

Le véritable enjeu est la relation entre les entreprises et ses actionnaires quand ces derniers sont souvent de taille considérable avec une grande partie de leur activité en gestion passive (ETF ou recours croissant aux proxys advisors). Les analyses de sociétés sont régulièrement conduites par ces fonds activistes dont l’horizon est majoritairement le court terme. Ils proposent souvent de scinder ou de céder des actifs afin d’extérioriser un maximum de valeur. Certains d’entre eux peuvent cependant avoir une approche de long terme. Subsiste toujours la question du taux de rentabilité à deux chiffres promis à leurs actionnaires.

Comment les conseils d’administration doivent-ils se préparer à ces attaques ?

Tout d’abord, un regard critique est nécessaire pour voir comment la société est valorisée et si la stratégie est bien comprise. Les administrateurs doivent aussi surveiller davantage ce qui se passe sur les marchés en lien avec la communication investisseurs (ventes à découvert, mouvements sur le titre…) et évaluer les scénarios de risques et de réponses à préparer, notamment sur la question d’accorder ou non un siège au conseil.

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