Deutsche Bank entérine son revirement stratégique

le 09/04/2018 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

En confiant les rênes de l’établissement à Christian Sewing, un homme de la banque commerciale, son conseil de surveillance tourne le dos à sa banque d’investissement

Le siège de Deutsche Bank en Allemagne
(Bloomberg)

Le conseil de surveillance de Deutsche Bank, réuni hier soir, a officialisé la rumeur qui avait circulé tout le week-end: Christian Sewing, son co-président du directoire délégué, a été nommé président du directoire avec effet immédiat. Il succède à John Cryan, nommé en juin 2015 co-président en compagnie de Jürgen Fitschen puis seul numéro un en mai 2016, mais qui s’est avéré incapable de renouer avec la rentabilité après trois années consécutives de pertes.

Le marché, mais aussi le président du conseil de surveillance Paul Achleitner, avaient perdu confiance dans la capacité de John Cryan à redresser la barre, malgré force restructurations menées depuis des années : l’établissement a reconnu le 21 mars que ses efforts de redressement ne portaient pas encore leurs fruits et qu'il était en retard sur ses objectifs d’économies. Depuis le début de l'année, le titre Deutsche Bank accuse un repli de 28,5%, contre un recul de 5,7% pour l'indice regroupant les valeurs bancaires européennes.

Le profil de Christian Sewing montre que le groupe tourne le dos à la banque d’investissement et de marché, alors que ces métiers l’avaient hissé parmi le gotha mondial du secteur, avant que la crise financière de 2008 et qu’un renforcement sans précédent de la réglementation ne viennent définitivement gripper son business model. Homme du sérail puisqu’entré en 1989, le nouveau patron est issu des métiers traditionnels de Deutsche Bank: il était chargé de la division de banque privée et banque commerciale aux côté de Frank Strauβ, qui restera seul aux manettes de cette division. De 2013 à 2015, il a dirigé l’audit du groupe, après avoir exercé plusieurs fonctions dans la gestion des risques. Christian Sewing tranche donc avec ses prédécesseurs depuis deux décennies, de Josef Ackermann à Anshu Jain.

Markus Schenck, l’autre co-président du directoire délégué, est en revanche partant. Il était chargé de la supervision de la banque d’investissement. Il «avait informé le conseil de surveillance avant Pâques qu’il souhaitait quitter la banque après l’assemblée générale de cette année», indique Deutsche Bank, qui affirme regretter son départ. Garth Ritchie, qui co-dirigeait la banque d’investissement avec Schenck, prendra seul les rênes du pôle; il a été aussi promu au poste de président du directoire délégué, de même que le directeur administratif Karl Rohr.

Il reste à savoir si la volonté de se tourner vers la banque traditionnelle et le marché historique de Deutsche Bank – l’Allemagne – constituera un relais de croissance suffisant. Cette évolution se fera probablement au prix d’une nouvelle attrition.

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