WPP est victime de son manque d’anticipation

le 05/04/2018 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Son patron tout-puissant, Martin Sorrell, est sous le coup d’une enquête. Le cas révèle les risques pris par les entreprises sans plan de succession.

Martin Sorrell, le CEO de WPP
Martin Sorrell, le directeur général de WPP, est en butte à une enquête.
(Andrew Harrer/Bloomberg)

Les trente ans de règne sans partage de Martin Sorrell à la tête de WPP pourraient prendre fin sur une note amère. Le groupe de publicité et de marketing a annoncé hier avoir mandaté un cabinet d’avocats «pour enquêter sur une accusation de faute personnelle portée à l’encontre de Sir Martin Sorrell, directeur général de WPP», confirmant un article du Wall Street Journal publié la veille au soir.

Le groupe ne donne aucun détail sur la nature des faits reprochés, ni même le nom du cabinet recruté pour l’occasion. Il précise seulement dans le communiqué, très succinct, que ces accusations «n’impliquent pas de montants significatifs à l’échelle de WPP». «Notre travail avec les clients n’est pas affecté et continue sans interruption», ajoutait le groupe mardi dans une note interne obtenue par le Wall Street Journal.

Dans un communiqué séparé, Martin Sorrell, qui précise que l’accusation porte sur une utilisation présumée des fonds de l’entreprise, la «rejette sans réserve», mais «reconnaît la nécessité pour l’entreprise de l’examiner». Il ajoute qu’en tant que dirigeant et actionnaire de la société (il détient 1,39% de son capital) il ne jouera aucun rôle dans l’enquête.

L’information a fait chuter de 2% l’action, qui a perdu jusqu’à 3,9% en séance. Selon Reuters, WPP dispose d’un plan de secours en cas de départ de Martin Sorrell, mais cela n’a pas suffi à rassurer les investisseurs. La concentration des pouvoirs entre les mains de Martin Sorrell, son âge (73 ans) et l’absence de plan de succession public illustrent une absence d’anticipation et concrétisent un risque de gouvernance difficilement justifiable pour une grande entreprise cotée leader mondial de son secteur.

«Même si cette enquête ne débouche sur rien, l’entreprise a besoin de s’atteler à la question de la succession le plus tôt possible», estime Russ Mould, analyste chez A.J. Bell. La tâche est d’autant plus urgente et ardue qu’«aucun successeur incontestable n'émerge, si bien que des profils tels que celui de Mark Read, responsable de l'agence Wunderman [au sein du groupe, ndlr], pourraient tenir la corde», estime pour sa part Kepler Cheuvreux. Des actionnaires, comme le gestionnaire d’actifs Edentree Investment, ont réclamé hier un calendrier de succession.

Martin Sorrell a pu maintenir son pouvoir indiscuté grâce aux performances de WPP. Mais l’action WPP a chuté de 35% en douze mois, après que certains grands clients ont réduit leurs dépenses de communication et que Google et Facebook ont bâti des relations directes avec les annonceurs. WPP a annoncé début mars qu’il n’anticipait toujours pas de croissance en 2018.

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