Au-delà de la gouvernance

le 22/09/2016 L'AGEFI Hebdo

Au-delà de la gouvernance
(Pierre Chiquelin)

Il était une fois un constructeur automobile allemand qui dominait ses concurrents de la tête et des épaules. Par le nombre de véhicules produits, la pertinence de sa gamme, la qualité de ses technologies, le niveau de sa rentabilité, il ne souffrait guère de comparaison, semblant se jouer d’une crise qui menaçait l’existence de nombre de ses rivaux. Quant à sa gouvernance, elle ne paraissait pas justifier la critique, si bien que ce groupe brillant figurait en tête des recommandations des analystes. Jusqu’à ce qu’une enquête longtemps négligée aux Etats-Unis ne vienne révéler ce que ce bel édifice avait de trompeur. Si les principes de gouvernance étaient respectés sur le papier, manquait l’essentiel, une véritable éthique partagée par toutes les strates de l’entreprise. A ce jour, l’ampleur de la défaillance au sein de l’encadrement de Volkswagen reste à préciser. On sait seulement qu’elle est massive et que la facture que l’entreprise devra régler pour s’acquitter de sa dette sociétale le sera aussi.

Voilà 12 ans que L’Agefi travaille, grâce à un jury passionné et dévoué, à conserver à ses Grands Prix du Gouvernement d’Entreprise leur caractère référent en France. Sans doute les bonnes pratiques de gouvernance sont-elles de plus en plus appliquées dans les grandes entreprises. Si des manquements peuvent être relevés ici et là, l’observation du code Afep-Medef est très largement répandue, et les insuffisances dans le respect de ses recommandations s’estompent d’année en année. La volonté de cocher toutes les cases du code pour en respecter la lettre est évidente ; pour ce qui est de son esprit, c’est une autre affaire. Au-delà de l’approche formelle, c’est une démarche éthique de la responsabilité sociétale qui soit compatible avec un bonne rentabilité économique qui est l’objectif véritable d’une gouvernance responsable à l’égard de ses salariés, de ses actionnaires et de l’ensemble des parties prenantes issues de la société civile. L’irruption de celles-ci dans la vie des entreprises reste la grande novation de ces dernières années. Elle n’est ni mineure ni passagère. Leur pression ne fera que croître au fil des ans, et la sanction qu’elles peuvent infliger aux sociétés qui prétendent les ignorer est souvent sous-estimée (lire notre dossier). Elle peut être de réputation, financière comme dans le cas de Volkswagen, ou législative, comme le montrent en France les suites que la loi Sapin 2 va donner à la polémique sur la rémunération de Carlos Ghosn chez Renault, en décalage excessif avec l’état de l’opinion. 

La leçon est qu’il n’est pas de gouvernance exemplaire qui ne mette l’éthique et la responsabilité sociétale au cœur de la stratégie. Or peu d’entreprises, même parmi les plus grandes, ont encore impulsé une démarche d’ampleur, systématique et durable, pour la faire partager à l’ensemble de leurs collaborateurs. Le cas VW est là pour rappeler à tous ce qu’il peut en coûter de jouer les retardataires sur un sujet aussi crucial.

A lire aussi