La rentabilité des néobanques dépend de leur modèle d’affaires

le 25/06/2020 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Dans une étude, l'ACPR souligne la difficulté de ces nouveaux acteurs à générer des bénéfices.

La néobanque Orange Bank est née en novembre 2017
Orange Bank, née en novembre 2017, se concentre maintenant sur une clientèle «à valeur».
(RK.)

L'Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR) poursuit son travail sur les néobanques. Après une première analyse parue en 2018, le superviseur s'est penché dans une nouvelle recherche sur la rentabilité d’une quinzaine de néobanques en France, dont Boursorama, Orange Bank ou N26. S'il observe une amélioration de la rentabilité des néobanques, le chemin à parcourir est encore long.

«Souvent présentées comme étant susceptibles de bousculer le paysage bancaire, les néobanques peinent, plusieurs années après leur création, à dégager des marges bénéficiaires», souligne l’étude. «Les nouveaux acteurs, plus agiles, semblent en revanche y parvenir ou s’en approcher», indique l’étude, en référence aux récentes levées de fonds de néobanques, les valorisant plusieurs milliards de dollars à l'instar de Revolut et de N26. De manière générale, le superviseur constate que «les résultats nets des néobanques restent globalement négatifs après plusieurs années d’exercice même si l’on observe une tendance graduelle à l’amélioration et une moindre dispersion de ces résultats au fil des années». En moyenne, l’ACPR observe une progression «importante» du résultat net sur les trois dernières années.

La rentabilité des néobanques dépend notamment des modèles d'affaires suivis. Pour tous ces acteurs, conquérir de nouveaux clients permettra de compenser leurs investissements dans de nouveaux produits ou pour leur structure interne. Certaines néobanques optent pour une stratégie «défensive», misant avant tout sur la conservation des clients plutôt que sur la rentabilité. D’autres, en proposant des produits innovants, «espèrent» se faire racheter par un grand groupe bancaire ou non bancaire comme la plupart des néobanques actuelles (Monabanq par le Crédit Mutuel, Fortuneo par Arkéa…). Enfin, certaines néobanques attirent dans un premier temps des clients avec des offres gratuites, avant de leur proposer leurs offres premium.

PNB par client en baisse

De même, «le produit net bancaire qui augmente dans l’absolu, stagne voire diminue lorsqu’il est rapporté au nombre de clients», souligne l’étude. Selon l’ACPR, le PNB par client est en moyenne de l’ordre de 99 euros en 2018 après avoir atteint 106 euros en 2016 et 101 euros en 2017. Pour améliorer leur résultat net, les néobanques doivent transformer le client en utilisateur «actif» alors que la quasi-totalité du PNB d’une néobanque est générée par la tranche des 20% des revenus les plus élevés, souligne l'étude. Cette stratégie est notamment mise en place par des néobanques de distributeurs, telles qu’Orange Bank, qui se concentre sur une clientèle «à valeur».

Si le superviseur considère que les néobanques ne bousculent pas le paysage bancaire, elles gagnent en légitimité chaque année. Le nombre de comptes courants ouverts a été multiplié par 2,5 en deux ans. En 2019, cinq acteurs (Nickel, N26, Revolut, Orange Bank, et Lydia) regroupent près de 78% des 3,5 millions de comptes actifs en France. Les résultats de cette étude sont néanmoins à considérer avec précaution «compte tenu à la fois de la relativement mauvaise qualité des données, du caractère incomplet des remises, voire de l’absence de réponse de certains établissements sollicités», précise l'ACPR. Selon le superviseur, cette mauvaise qualité des remises est «surprenante» venant d’acteurs digitaux qui placent, notamment, la donnée au cœur de leur stratégie.

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