Les plates-formes de prêts tentent de contrer le choc du Covid-19

le 26/03/2020 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Certains acteurs du crowdfunding ont décidé de geler les remboursements de leurs emprunteurs pour soulager leur trésorerie. D’autres optent pour le cas par cas.

prêt participatif
Les sociétés de crowdfunding prennent des mesures pour éviter une explosion de leurs taux de défaut.
(Fotolia)

L’épidémie du Covid-19 «nous plonge dans une situation exceptionnelle que nous n’avons pas pu anticiper», estime l’association France Financement Participatif. Pour soutenir l’économie réelle, les plates-formes de prêts aussi appelées de crowdfunding font face à un problème singulier. Alors que les banques françaises vont débloquer 300 milliards d’euros pour soutenir les entreprises, ces mesures «ne peuvent pas être déclinées de la même manière dans l’univers du crowdlending où le prêteur n’est pas la plate-forme mais les particuliers», précise l’association.

Pour éviter une explosion de leurs taux de défaut, la plupart des sites de crowdfunding ont pris des mesures d’urgence. La plate-forme de prêts aux PME October a annoncé un gel de trois mois des remboursements en capital de ses 523 emprunteurs, pour soulager leur trésorerie. «Nous savons aussi que la meilleure chance de récupérer notre investissement est que les entreprises surmontent la crise», a déclaré Olivier Goy, fondateur et CEO d’October, dans un communiqué.

De même, Anaxago a annoncé un report de trois mois des remboursements dus entre le 15 mars et le 30 avril, ainsi qu’un report des coupons de 3 mois «en lien avec l'hôtellerie, l'hébergement d'urgence et les résidences gérées» précise la fintech dans un communiqué.

Suivi des PME à risques

D’autres fintechs optent pour des solutions au cas par cas. C’est le cas, par exemple de Lendopolis, la filiale de KissKissBankBank (Groupe La Banque Postale). En fin de semaine dernière, la start-up a envoyé une communication détaillée à ses investisseurs. Si les prêts relatifs aux énergies renouvelables, qui constituent une grande partie de son activité, devraient être moins sensibles à la situation actuelle, certains projets pourraient être fragilisés. Lendopolis a choisi d’adopter une approche «basée sur le dialogue avec chaque entrepreneur. Ceci peut prendre la forme, par exemple, d'un report d'échéance des prêts, tout en préservant bien sûr les intérêts de nos investisseurs», explique à L’Agefi Aurélien Gouraud, directeur financement ENR chez Lendopolis.

La plate-forme Look&Fin a aussi choisi d’instaurer un suivi rapproché de certaines PME identifiées «à risques», afin de leur «leur permettre de réaliser les modalités pratiques pour qu’elles puissent en bénéficier», a expliqué la fintech dans un communiqué. Elle s’engage à adapter sa politique d’octroi de financement aux PME, envisageant «des solutions de franchise en capital» au cas par cas. De son côté, la jeune pousse Tudigo veut adapter sa solution, en proposant aux TPE-PME des prêts dès 10.000 euros contre 100.000 euros habituellement.

Pourtant, «si des rééchelonnements sont mis en place, les plates-formes devront à terme sauver l’épargne des particuliers prêteurs», prévient France Financement Participatif. Mercredi, le gouvernement a annoncé un plan de soutien dédié aux start-up de près de 4 milliards d’euros. Sera-ce suffisant pour maintenir à flots le secteur de la finance participative en 2020 ?

Malgré quelques faillites au cours des deux dernières années, à l'instar de l'arrêt d'Unilend dont l'activité a ensuite été relancée par la plateforme PretUp, le secteur de la finance alternative se porte bien. En 2019, cette activité a levé 1,406 milliard d’euros contre un peu plus d’un milliard l’année précédente, selon le baromètre annuel du crowdfunding. Qu’en sera-t-il après le choc du Covid-19 ? Selon le courtier Rosenblatt Securities, les plates-formes de prêts, au même titre que les néobanques et les robo-advisors, devraient être plus fragilisées que d’autres fintech. 

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