Les néobanques privilégient la conquête de clients à la rentabilité

le 28/11/2019 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Malgré des valorisations de plusieurs milliards de dollars, ces nouvelles venues sont encore loin d'être rentables.

Syrtals Cards, spécialisée dans les services de paiement, présente aujourd’hui la troisième édition de son étude intitulée «Vous avez dit néobanques ?». «En 2019, nous avons observé une accélération dans ce secteur, avec la naissance de nouveaux acteurs en Europe ou aux Etats-Unis et une frénésie sur les levées de fonds, avec des valorisations, pour les plus brillants, en milliards de dollars», explique Angelo Caci, directeur général de Syrtals Cards, en référence à la néobanque brésilienne Nubank valorisée 10 milliards de dollars, à N26 (3,5 milliards de dollars) ou encore à Revolut (1,7 milliard de dollars).

Malgré ces importantes valorisations, les néobanques sont encore loin d'être rentables. «Comme leur aîné glorieux Amazon, dans une autre industrie, pour qui le point mort s’est fait longtemps désirer, les néobanques privilégient le recrutement de nouveaux clients en laissant de côté la rentabilité », constate le professionnel. En Europe, N26 et Revolut se font, par exemple, concurrence dans la conquête de clients : l'allemande en revendique 4 millions tandis que la britannique en compte 8 millions et vise 12 millions d'ici 2021. Par ailleurs, plus le nombre de concurrents augmente, «plus il est difficile de recruter aisément de nouveaux clients, voire de les fidéliser, si ce n’est au prix d’opérations promotionnelles coûteuses», souligne Angelo Caci​

A titre d'exemple, en 2018, Monzo a affiché des pertes de 47,2 millions de livres (55,25 millions d'euros) pour un chiffre d'affaire de 9 millions de livres tandis que Revolut a affiché des pertes de 32,8 millions de livres contre 14,8 millions de livres en 2017. La France n’est pas épargnée par cette tendance. «Aujourd’hui, toutes les néobanques sont dans le rouge hormis quelques exceptions, dont Nickel qui est devenue rentable en décembre 2018, constate le rédacteur de l'étude. Les banques en lignes qui existent depuis dix ans sont souvent déficitaires», à l'instar de Boursorama qui a perdu 28 millions d’euros en 2018​.

Dans la concurrence que se livrent le secteur traditionnel et les néobanques, «les éclopés ou les défunts vont se compter dans les différents camps», juge Angelo Caci. En juin, la banque américaine JPMorgan Chase a pris la décision de fermer sa banque mobile Finn. De même, l'américaine Denizen lancée par BBVA cessera ses activités en décembre 2019. Pour pérenniser leur modèle en 2020, les néobanques devront réfléchir à leur capacité de distribution et à leur marque afin de séduire les clients sur le long terme. 

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