La parole à Julien Maldonato, associé conseil industrie financière, Deloitte

« Les algorithmes vont permettre d’alléger le poids des traitements de masse »

le 05/10/2017 L'AGEFI Hebdo

Julien Maldonato, associé conseil industrie financière, Deloitte

Comment définiriez-vous une « regtech » ?

Ce n’est pas complètement défini. Le mouvement des regtech remonte à quelques années, même si l’effervescence date de six mois. Leur champ d’action est très large, il peut avoir trait à des problématiques aussi spécifiques que le reporting réglementaire, ou bien tirer parti de technologies plus « horizontales » (voir le schéma, NDLR). Je pense en particulier à Stratumn, dont la solution de Blockchain permet d’améliorer la traçabilité des opérations dans le cadre de la lutte contre la fraude. Leur brique technologique est également en test pour faciliter la portabilité des contrats dans le secteur financier, le traçage des échanges permettant d’éviter les litiges entre établissements.

Les institutions financières se dotent-elles de moyens pour développer leurs propres solutions technologiques ?

Faute d’un microcosme français suffisant, en effet nos grands clients créent des regtech internes. Ils disposent d’équipes informatiques importantes, qui bénéficient de programmes de formation afin d’évoluer vers de nouveaux domaines technologiques, tels que la biométrie ou la Blockchain. Aujourd’hui, ces programmes sont confinés dans des directions de la R&D ou des « data labs ». Dans 10 ans, les middle-offices ou les back-offices accueilleront des programmateurs de machine learning ou des gestionnaires d’algorithmes. La « data science » sera l’affaire de tous.

A quels risques peuvent-elles s’exposer en automatisant ou en déléguant tout ou partie de leurs processus réglementaires à des regtech ?

Il va leur être difficile de transférer leur responsabilité à leurs prestataires. Même si un établissement acquiert une technologie, il lui est fait obligation de mettre en place tous les contrôles nécessaires. Les algorithmes vont permettre d’alléger le poids des traitements de masse. Les missions de contrôle n’en deviendront que plus importantes.

Les gains de productivité sont-ils mesurables ?

Le recours à une solution de génération de langage naturel telle qu’Yseop permet de décrire des données chiffrées, en paramétrant le ton et l’angle voulus. La finalisation de reportings réglementaires, tels que ceux exigés par MIF2, peut être ramenée de plusieurs semaines à quelques heures.

Quels défis ces nouveaux acteurs posent-ils aux régulateurs ?

En France, la création du pôle spécialisé « Fintech », commun à l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution et l’Autorité des marchés financiers, facilite indéniablement les échanges. Nous, contrôleurs et auditeurs, tout comme les superviseurs, devons déjà nous préparer à la prochaine génération d’algorithmes. Ceux-ci sont encore majoritairement linéaires. Demain, l’intelligence artificielle leur apportera une complexité supplémentaire, qu’il nous faudra appréhender.

Pas encore de label regtech

Contrairement aux fintech, qui fournissent des services régulés, les regtech sont considérées comme les auxiliaires d’acteurs régulés. A ce titre, elles ne sont pas soumises à un agrément ou une labellisation. L’Autorité des marchés financiers est attachée au principe de « neutralité technologique », le superviseur ne souhaitant pas se prononcer sur les choix technologiques des acteurs régulés. Cependant, il examine la conformité des contrats d’externalisation. « En cas de dysfonctionnement ou de non-conformité, l’entité régulée conserve la pleine responsabilité des manquements observés », explique Sylvestre Tandeau de Marsac, avocat associé, à l’occasion d’une conférence organisée par l’EIFR (European Institute of Financial Regulation). Cela pourrait évoluer dans le temps, certaines regtech ayant émis de souhait d’entrer dans une démarche de certification de leurs services. « La réflexion n’en est qu’à ses débuts », a conclu Sylvestre Tandeau de Marsac.

A lire aussi