Le transfert d’argent est propice à l’émergence des fintech

le 04/05/2017 L'AGEFI Hebdo

Moins chers, plus faciles, les services des nouveaux acteurs gagnent du terrain mais les banques réagissent.

Le transfert d’argent est propice à l’émergence des fintech
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Les Européens pourraient économiser jusqu’à 7 milliards d’euros de frais bancaires chaque année en s’appuyant sur de nouveaux outils digitaux de gestion de leurs finances. Et 53 % estiment même que les nouvelles technologies de la finance les ont aidés à économiser jusqu’à 100 euros par an. C’est ce que révèle une étude réalisée par Censuswide dans quatre pays (Royaume-Uni, Allemagne, France, Espagne) pour Azimo, une start-up lancée en 2012 spécialisée dans les transferts d’argent internationaux. Car ce métier est en plein bouleversement. Ainsi, de nouveaux acteurs s’appuyant sur de nouvelles technologies et sur l’évolution des réglementations, particulièrement en Europe, ont émergé en apportant aux consommateurs des services plus pratiques, plus faciles à utiliser pour leurs transferts internationaux et surtout moins chers. Un enjeu d’actualité puisque la Commission européenne a intégré à son plan d’action pour un véritable marché unique des services financiers une proposition pour réduire les coûts des transactions transfrontières dans toutes les devises et pas seulement l’euro.

Des services étendus

La question tarifaire a donc été le meilleur argument des nouveaux entrants, auquel elles ont ajouté celui de la praticité en offrant la possibilité de réaliser ces transferts en ligne et/ou sur mobile. Azimo, créée en 2012 au Royaume-Uni, compte 1,2 million de clients et permet de transférer de l’argent en 80 devises dans 190 pays. L’entreprise vient de lancer une fonctionnalité de paiement de personne à personne par SMS qui évite à l’envoyeur de saisir les coordonnées bancaires du destinataire : il suffit de renseigner son numéro de mobile et c’est le destinataire qui entre ses données.

De son côté, Transferwise, l’autre célèbre fintech du transfert d’argent fondée également en Angleterre, affiche plus d’un million d’utilisateurs qui transfèrent chaque mois un milliard d’euros. Le service est disponible pour 40 devises, depuis 37 pays vers 59 pays. La société a ouvert 9 bureaux dans le monde et compte plus de 650 employés. En 2016, elle a triplé son chiffre d’affaires qui a atteint 35 millions d’euros.

WorldRemit, autre acteur en plein expansion (transfert possible depuis 50 pays vers 140 destinations, 600.000 opérations par mois), continue d’étendre son réseau : elle vient de signer des partenariats avec Tigo Money pour le Salvador et le Guatemala et avec Wafacash, filiale du groupe Attijariwafa au Maroc, pour offrir un service instantané via mobile. C’est d’ailleurs sa spécialité : en décembre 2016, 70 % des transferts en « mobile money » ont été réalisés avec Worldremit, le choix du mobile permettant d’offrir un service rapide et peu cher.

D’autres acteurs imaginent des services complémentaires, à l’instar d’Afrimarket qui offre un moyen de payer depuis l’Europe des biens de consommation (« cash to goods ») en Côte d’Ivoire, au Sénégal, au Bénin, au Cameroun et bientôt au Mali. Autre exemple : Moneytis, un comparateur de services de tranfert d’argent fondé par deux Français qui veulent créer la première marketplace du secteur. Passé par l’incubateur de start-up d’ING aux Pays-Bas, puis par un accélérateur portugais à Lisbonne, Moneytis a été sélectionné pour suivre une session du célèbre Y Combinator à San Francisco qui lui a permis d’avancer très vite dans la concrétisation de son projet et de rencontrer de nouveaux partenaires. Depuis sa sortie du Y Combinator en janvier, son activité croît de 35 % par mois. Les consommateurs peuvent accéder en deux clics au meilleur tarif pour une opération de transfert d’argent, tout le process (Know your customer, pièces justificatives...) est réalisé sur le site de Moneytis qui est connecté à une trentaine d’opérateurs. Le montant moyen transféré atteint les 2.500 euros mais certains clients l’utilisent déjà pour de grands montants, notamment pour leurs achats immobiliers à l’étranger. Moneytis a également développé une fonctionnalité d’alerte sur taux de change qui permet de réaliser son transfert au meilleur moment. Plutôt nomade jusqu’à présent, la start-up a décidé de s’installer à San Francisco dont l’environnement est particulièrement favorable à la réussite.

Cette effervescence ne doit pas faire croire que les banques restent inertes face à cette concurrence nouvelle : plusieurs dizaines d’entre elles travaillent désormais avec Ripple, le spécialiste de la Blockchain qui permet de réaliser des paiements internationaux en quelque secondes et pour un coût divisé par deux. Parmi ses clientes, BBVA, Akbank, Star One et un consortium de 47 banques japonaises... Le transfert d’argent est devenu l’une des activités les plus innovantes des services financiers.

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