Sélection naturelle

le 04/05/2017 L'AGEFI Hebdo

L'éditorial d'Alexandre Garabedian, directeur délégué de la rédaction de l'Agefi.

Sélection naturelle
(Pierre Chiquelin)

Ils devaient révolutionner la relation client, bousculer l’oligopole en place, contraindre les vieux dinosaures à muter ou disparaître. Et pourtant, les nouveaux acteurs de la banque se laissent un à un happer par ceux dont ils prétendaient siphonner les fonds de commerce, lorsqu’ils ne disparaissent pas tout simplement. La sélection naturelle fait son œuvre. La technologie peut transformer les usages à un rythme soutenu, mais sans une solide base de clientèle et des capacités de distribution, elle ne suffit pas à fonder un modèle économique (lire L’Evénement).

Industrie de traitements de masse par excellence, la banque de détail exige de lourds investissements et une taille critique. Les pionniers de la finance en ligne le savent bien, eux qui ont atteint l’âge adulte mais restent loin de dégager les niveaux de rentabilité de leurs glorieux aînés. L’horizon du point mort semble encore plus distant pour des « néobanques » qui se sont pour la plupart attaquées à l’un des maillons de la chaîne, les paiements, dont la valeur des services de base tend vers zéro sous la pression réglementaire et consumériste. Qu’une offre de rachat alléchante leur parvienne, et il sera difficile à leurs actionnaires d’y résister. Les établissements de crédit traditionnels ont vite vu tout le bénéfice qu’ils pouvaient en tirer. A coups de « Lab » ou de « Village », ils considèrent l’univers foisonnant des fintech comme des services externes de recherche et développement, sachant bien qu’ils pourront, l’heure venue, y puiser les innovations qui les intéressent… ou tuer dans l’œuf une menace potentielle. Le rachat par BNP Paribas de Compte-Nickel, vraie réussite commerciale de ces dernières années, en constitue l’exemple le plus marquant.

Cette stratégie frappée au coin du bon sens a ses limites. Rien ne garantit que les jeunes pousses de la finance puissent s’épanouir à l’ombre des grands chênes, ni que leurs clients adhèrent encore à leurs promesses de changement. La recherche systématique d’un actionnaire industriel de référence consacre aussi une faiblesse française, l’incapacité d’une immense majorité de start-up à se dessiner un avenir en dehors d’un grand groupe une fois parvenues à une valorisation de quelques dizaines ou centaines de millions d’euros. Withings hier dans l’internet des objets, Compte-Nickel aujourd’hui, auraient pu prétendre un jour à devenir des « licornes ». En attendant, c’est à un concurrent autrement plus sérieux que le secteur fera face dès cet été. Orange Bank a pour elle la culture technologique de l’opérateur télécoms, une force de frappe commerciale égale à celle des banques, et surtout, du temps devant elle.

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