Fintech

Les start-up de la régulation se posent en secours des banques

le 26/01/2017 L'AGEFI Hebdo

En développement, la « regtech » permet aux acteurs bancaires de réduire leurs factures en matière de réglementation et de conformité.

Les start-up de la régulation se posent en secours des banques

La « regtech » serait-elle la nouvelle frontière de la fintech ? Très en vogue, ce secteur désigne l’ensemble des applications technologiques destinées à résoudre les problèmes des entreprises, et tout particulièrement des institutions financières, en matière de réglementation et de conformité. L’attitude favorable de certains régulateurs a favorisé le décollage de ce secteur. Dans le cadre du Project Innovate amorcé en 2014, la FCA britannique a ainsi lancé l’an dernier l’initiative « regulatory sandbox », qui permet aux entreprises de tester dans un environnement réel leurs produits et services innovants. « Les banques sont contraintes d’envoyer tous les jours des rapports au régulateur. Or cette information est difficilement utilisable et reste encore parfois sous format papier, explique Huy Nguyen Trieu, fondateur de The Disruptive Group. En tant qu’utilisateur d’informations, le régulateur a donc tout intérêt à opérer sa propre transformation numérique pour être plus efficace. »

Le développement de la regtech est également le résultat de l’arrivée à maturité de nouvelles technologies, conséquence à la fois de l’accroissement de la puissance de calcul et de l’explosion des flux de données (mobiles, réseaux sociaux, objets connectés…). « Les différentes technologies qui composent l’intelligence artificielle, et plus spécifiquement celle de l’apprentissage automatique (‘machine learning’), s’avèrent particulièrement utiles et efficaces dans le cadre du traitement de très forts volumes de données non structurées », explique Guillaume Andreu, engagement manager au cabinet Julhiet Sterwen. Situées en majorité dans les pays anglo-saxons, le nombre de jeunes pousses à l’origine de ces applications dépasserait à l’heure actuelle les 120.

Gain de temps

Si l’on exclut l’argent distribué par les fournisseurs technologiques, moins de 500 millions de dollars par an auraient été investis jusqu’à présent dans les regtech à un stade précoce (early stage). « Ces montants restent faibles en regard des investissements réalisés dans le secteur de la fintech mais aussi face aux enjeux colossaux auxquels font face les institutions financières en matière de conformité et de réglementation, lesquels se chiffrent en centaines de millions d’euros et en dizaines de milliers d’emplois », poursuit Guillaume Andreu. Selon l’Institute of International Finance, le respect des exigences réglementaires peut coûter plus d’un milliard de dollars par an à une institution financière. BBVA estimait l’an dernier que 10 % à 15 % de la main-d’œuvre d’une banque était dédiée à la conformité, à la gestion du risque et à la gouvernance. Or l’utilisation des regtech par les banques doit précisément contribuer à la réduction de leurs coûts de conformité et de réglementation.

Créée à Dublin, Fenergo, qui a levé 75 millions de dollars auprès de Venture Partners en 2015, s’est spécialisée dans le KYC-CDD (know your customer/customer due diligence) en développant une solution permettant à une banque d’investissement de contrôler et valider l’identité de ses clients. HSBC, BBVA et BNY Mellon font partie de ses clients. « Avant la crise financière, les banques auraient certainement passé du temps à analyser séparément chaque réglementation en développant une solution adaptée pour chacune de ces nouvelles règles, explique Greg Casey, responsable des ventes pour la région EMOA au sein de Fenergo. Ce qui aurait été à la fois très coûteux et pas nécessairement fonctionnel. » La société, qui offre aussi des services de remédiation pour ses clients (remediation services) évoque des économies de coûts à hauteur de 40 %. « Pour ces entreprises, cela revient à un gain de temps de près d’une demi-journée », souligne le responsable EMOA. Même constat chez FundApps, une société londonienne spécialisée dans le reporting réglementaire à destination du buy-side. Objectif : synthétiser les données réglementaires de chaque juridiction mondiale et les transformer en algorithmes. « Certains de nos clients doivent réaliser entre 10 et 20 communications financières (‘disclosures’) par jour, ce qui ne leur laisse guère le temps de vérifier toutes les données, explique Andrew Patrick White, directeur général de FundApps. Notre solution a démontré qu’ils pouvaient réduire leurs coûts de 50 % et redistribuer des ressources humaines dans des tâches à plus forte valeur ajoutée. »

Plus large que celui de la fintech, le champ d’action de la regtech englobe aussi d’autres segments : surveillance des communications, automatisation des contrôles, gestion du risque, tests de résistance, confidentialité des données/cybersécurité, détection de fraudes, surveillance de marché... La société américaine RedOwl, qui a levé 30 millions de dollars auprès de Blackstone, Allegis, Conversion Capital et Mark Benioff, directeur général de Salesforce, a ainsi développé un logiciel susceptible de détecter des comportements illégaux au sein de l’entreprise. « Notre solution intervient à deux niveaux, détaille David Pogemiller, VP customer success chez RedOwl. Elle permet à l’entreprise de rationaliser le processus d’alertes en lui laissant le choix d’agir immédiatement ou de procéder à une enquête plus poussée. Elle permet aussi de réduire à hauteur de 80 % à 90 % les alertes inutiles au sein de l’entreprise. » Souvent confidentiels, les partenariats entre regtech et institutions financières se multiplient. Avec un objectif pour les jeunes pousses : déployer leurs solutions au niveau mondial.

La FCA britannique a lancé l’an dernier l’initiative  « regulatory sandbox ».
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La FCA britannique a lancé l’an dernier l’initiative « regulatory sandbox ».
(Bloomberg)

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