Fintech : une relation bénéfique aux banques

le 26/01/2017 L'AGEFI Hebdo

Les établissements financiers ont désormais moins peur des fintech et s’en rapprochent pour mieux les imiter.

Fintech : une relation bénéfique aux banques
Le Village du Crédit Agricole à Paris accueille des start-up pour les aider à se développer.
(Photo Pierre Chiquelin)

Depuis trois ans, le Village du Crédit Agricole à Paris accueille des start-up pour les aider à se développer en trouvant des partenaires et des clients. Sur 90 start-up hébergées, seules 13 sont des fintech et ce n’est pas un hasard. Pour Fabrice Marsella, le « maire » du Village, « cette collaboration avec les ‘fintech’ a permis de les dédiaboliser : alors qu’on ne parlait que de ‘disruption’ il y a trois ans, nous identifions des opportunités de business communes et cela nous pousse à entrer sur un nouveau terrain de jeu. Le Village nous a aidés à nous ouvrir, à nous décomplexer vis-à-vis des ‘fintech’ et à mieux les accompagner pour un bénéfice partagé. » Exemples : Miimosa, la plate-forme de crowdfunding de don, est devenue la mascotte du Village. Elle a reçu des investissements de six caisses régionales et permis de financer des entreprises qui n’ont pas accès à des prêts bancaires. Avec SharePay, une carte de paiement qui permet de partager les dépenses, la banque touche une population de jeunes grâce à un produit innovant et dans son cœur de métier. Ensemble, QuantCube et le département recherche de Crédit Agricole CIB ont créé un indicateur macroéconomique à partir de données des réseaux sociaux. Et les cas se multiplient.

Ouverture et confiance

Chez BNP Paribas, le WAI (We Are Innovation) de Paris propose divers programmes d’accélération dont un dédié aux fintech qui a donné des résultats intéressants. Avec PayCar, système de paiement de voitures d’occasion, la banque a décidé de développer une offre commune intégrant la banque de détail et les filiales de crédit à la consommation et d’assurance. Elle a même pris une participation de 1,3 million d’euros. LogMote, une solution d’authentification par smartphone sur des applications métier, a été validée par les services informatiques de la banque, elle est en cours de déploiement sur 500 postes chez BNP Paribas France. Avec KYC3, un prototype a été développé pour la banque privée en Suisse, un autre est en cours sur le partage des données de KYC (connaissance du client) entre entités du groupe. Bilan de cette première saison : « Plus de 50 % des projets sont un succès, souligne Emmanuel Touboul, directeur des programmes d’accélération de L’Atelier BNP Paribas. Ce dispositif a prouvé notre légitimité en tant qu'acteur de l’écosystème start-up. Nous avons mis en place un cadre de confiance permettant de créer de la valeur autant pour les start-up que pour les métiers. Car il est complexe de faire travailler ensemble un grand groupe et une start-up. Notre rôle au sein de L’Atelier est de lever les freins souvent culturels et de les aider à se mettre en phase pour collaborer concrètement. »

D’autres structures d’open innovation et d’accompagnement ont vu le jour au sein du groupe comme au Luxembourg, à Singapour et à Genève. Les offres de certaines start-up ont été intégrées dans des applications mises à la disposition des clients de la banque privée, comme myBioPass, un dispositif d’authentification biométrique créé avec la start-up irlandaise Daon, ou MyAdvisory pour la gestion de portefeuille, enrichie des données de CityFalcon, une fintech agrégeant plus de 200 sources de données financières. L’idée est d’aller chercher ailleurs ce dont le métier a besoin pour répondre à un manque clairement identifié. Pour cela, BNP Paribas et la Société Générale ont inventé OpenUp et Start-Up Radar, des plates-formes mondiales permettant de partager des informations sur les start-up, leur activité, leur technologie, leurs dirigeants, leur niveau de maturité... pour aider les collaborateurs à trouver plus facilement une équipe qui réponde à leurs besoins.

Néanmoins, la Société Générale a eu une démarche différente dans ses relations aux start-up en allant d’abord à la rencontre de l’écosystème, dans des incubateurs, des accélérateurs, des espaces de co-working afin de nouer des liens et de laisser ses collaborateurs tester d’autres méthodes de travail. La banque vient seulement d’ouvrir Le Plateau, un espace dédié à des start-up externes et internes dans son complexe des Dunes, en région parisienne, où sont désormais installées les équipes informatiques de la banque. « Les start-up nous inspirent par leur liberté de penser, par leur fraîcheur intellectuelle, leur réactivité, constate Aymeril Hoang, directeur de l’innovation à la Société Générale. Elles nous montrent qu’on peut faire preuve d’agilité intellectuelle, opérationnelle et budgétaire, qu’on peut être créatif. C’est ainsi que nous avons répliqué leur mode d’action en lançant des start-up internes. » Exemple : Step 31 a été créée par Edouard Marteau d’Autry, également responsable du projet Digital4All (transformation digitale du groupe). Fondée avec quelques personnes, un petit budget et trois mois pour sortir une idée, la start-up a créé un chatbot qui répond aux questions des collaborateurs sur leur environnement de travail. « On s’autorise des méthodes de travail inhabituelles, raconte-t-il. On apprend à s’émanciper des processus qui résultent de l’histoire, tout en préservant ceux qui assurent la sécurité. » Et le succès est au rendez-vous : les questions dépassent largement le cadre de départ, et Step 31 travaille désormais sur un dispositif simplifié de renouvellement de PC. C’est la technique des petits pas qui permet de faire avancer toute l’entreprise, progressivement, au-delà des quelques directions en charge de l’innovation et des technologies.

Définir un positionnement

BPCE avait d’ailleurs été précurseur en créant sa propre start-up interne, S-money, en 2012 pour en faire un catalyseur d’innovation dans le paiement. Elle a depuis changé de modèle et racheté trois fintech apportant des solutions à des usages particuliers (Le Pot Commun, Depopass, e-cotiz). Une convergence naturelle avec Natixis Payment Solutions (NPS) a donné naissance à des collaborations et à d’autres offres innovantes. Le partenariat avec PayinTech a permis de diffuser un bracelet connecté préchargé pour payer dans les festivals ou les lieux de loisirs. Avec Aevi, NPS a développé un SmartPOS, ou tablette faisant office de caisse et de terminal de paiement électronique qui peut s’enrichir de diverses applications au service du marchand. « Travailler avec des ‘fintech’ nous oblige à entrer dans les problématiques des marchands, à aller vite et à mettre les produits entre les mains des clients, résume Catherine Fournier, directrice générale de NPS. Cela nous a aussi apporté une meilleure compréhension des ‘business models’ autour du mobile et de ce que signifie devenir une plate-forme de services, une question cruciale pour notre positionnement futur. » Des questions stratégiques qui forcent les banques à regarder au-delà de la simple réussite commerciale d’un produit et à se projeter dans un nouveau contexte avec l’entrée en vigueur de la DSP2 qui les oblige à ouvrir leur système d’information.

Sur ce point, le Crédit Mutuel Arkéa a une longueur d’avance en tant que prestataire de services pour d’autres établissements (lire aussi « Arkéa se veut indispensable sur tous les segments de la sous-traitance »), un choix qui remonte à 2006 et l'a logiquement conduit à collaborer avec d’autres acteurs, banques, assureurs, puis fintech. « Nous avons commencé à travailler avec Leetchi et Mangopay, nous avons appris à répondre ensemble à des clients communs avant même de prendre une participation dans leur capital, relate Anne-Laure Navéos, directrice des investissements stratégiques. Mais notre but n’est pas d’intégrer Leetchi à notre fonctionnement, c’est de répondre à une opportunité de marché. La relation avec les ‘fintech’ est fondée sur un échange riche d’enseignements pour chacun et nous permet d’avoir un rôle central dans l’écosystème en tant que plate-forme d’opérations. » Les banques ont donc tout intérêt à poursuivre leurs collaborations avec les start-up qui leur offrent des opportunités de business à moindre coût et une impulsion pour accélérer le décloisonnement interne. « Cette effervescence est clairement en faveur des acteurs traditionnels qui ainsi s’adressent à de nouveaux clients ou démocratisent des services jusqu’alors réservés à une clientèle haut de gamme, souligne Julien Maldonato, directeur chez Deloitte. Mais ce mouvement doit toucher tous les collaborateurs des banques, c’est l’enjeu de la transformation en cours. »

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