Une crise de croissance salutaire

le 02/06/2016 L'AGEFI Hebdo

Une crise de croissance salutaire

Il y aura un avant et un après Lending Club pour la finance participative. Trois semaines après le départ précipité de Renaud Laplanche, le fondateur de la plate-forme américaine, l’industrie est toujours sous le choc. L’action du pionnier américain du crowdfunding traite au tiers de son prix d’introduction en Bourse, son concurrent Prosper envisage de se vendre… Le coup s’avère d’autant plus rude que les mauvaises pratiques mises au jour chez Lending Club écornent la promesse d’innovation dont cette industrie s’est fait le héraut.

Les plates-formes de financement participatif ont fondé leur essor sur un principe simple. Le traitement de demandes de crédit en ligne, couplé à l’exploitation de données de masse, permet de faire se rencontrer prêteurs et emprunteurs sans les délais de gestion inhérents aux réseaux d’agences, et de couvrir des besoins de financement que les banques traditionnelles servaient peu ou mal. Au fil des ans, l’approche s’est professionnalisée et les prêteurs particuliers des débuts, qui donnaient leur nom au « peer-to-peer lending »,
ont cédé la place à des investisseurs qualifiés, hedge funds et autres institutions financières, en quête d’une nouvelle source de rendement.

Renaud Laplanche et ses pairs ont eu l’habileté de vêtir des habits de la révolution technologique le vieux métier d’intermédiaire que les banquiers connaissent si bien, et de l’avoir porté au point ultime, en ne conservant plus aucun crédit à leur bilan. Mais, aujourd’hui comme hier, ce modèle ne saurait souffrir d’accroc à la transparence, sous peine de voir s’évaporer avec la même célérité les capitaux qui ont nourri sa croissance exponentielle. Or Lending Club a péché par deux fois. Une première, en mentant à l’une ses contreparties. Une seconde, en mélangeant les genres et en entretenant le doute sur la nature exacte de ses activités. Il est apparu que le groupe vend des prêts à une structure dont il est lui-même actionnaire à 15 %, aux côtés de son ex-patron et de l’un de ses administrateurs, John Mack. Les remugles des excès en tous genres de Wall Street avant la crise de 2007 couvrent soudain le vent de fraîcheur de la fintech.

Cette crise de croissance aura des effets salutaires. Fidèles à leur tradition, les Etats-Unis ont, depuis des années, laissé éclore sans broncher cette industrie, au risque de favoriser toutes les dérives. Il était plus que temps que le Trésor américain se saisisse du sujet. Les règles qu’il ne manquera pas de promouvoir seront lourdes de conséquences pour l’écosystème du crowdfunding, dont le faible encadrement, aux Etats-Unis, ne constitue pas le moindre des avantages compétitifs vis-à-vis des banques traditionnelles. C’est là, aussi, que les superviseurs européens se doivent de réagir avec mesure. L’industrie de la finance participative y est plus neuve qu’outre-Atlantique, mais déjà encadrée. Il ne faudrait pas qu’à la faveur du cas Lending Club, l’Europe soit tentée, comme trop souvent, de faire primer outre mesure la sécurité sur l’innovation.

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