La chronique de l'actualité

Une fusion boursière suspendue au Brexit

le 12/07/2016

Alexandre Garabedian

Les partisans du mariage entre les Bourses de Londres et de Francfort devront prendre leur mal en patience. Les actionnaires de Deutsche Börse avaient à l’origine jusqu’à ce mardi pour apporter leurs titres à l’offre que les deux groupes ont annoncée en février. Mais hier, à quelques heures du verdict, l’opérateur boursier allemand a préféré laisser 15 jours de plus à ses actionnaires pour se décider. Il a aussi abaissé à 60%, au lieu de 75%, le seuil d’acceptation qui permettra au mariage d’aller à son terme. Ce projet, présenté comme une fusion entre égaux, équivaut, en fait, à un rachat de la Bourse de Londres.

Deutsche Börse a invoqué hier d’obscures raisons techniques pour justifier ces changements, mais personne n’est dupe. Les deux fiancés n’avaient pas anticipé, c’est le moins que l’on puisse dire, le résultat du vote britannique du 23 juin sur l’appartenance à l’Union européenne. Or, le Brexit bouleverse les équilibres politiques et économiques d’un projet qui s’annonçait déjà complexe. Il était prévu, par exemple, que le siège du nouvel ensemble soit localisé à Londres. Il faudra sans doute l’installer sur le continent, pour que les autorités européennes approuvent l’opération. Autre point d’achoppement : le traitement des transactions en euros à partir de la capitale britannique. Les régulateurs ont déjà indiqué que cette activité de tuyauterie des marchés financiers, devrait être basée dans l’Union européenne pour des raisons de sécurité. Dès lors, un rachat du London Stock Exchange perdrait une partie de son intérêt. Les investisseurs ne s’y trompent pas. Depuis le 24 juin, et compte tenu de la chute de la livre sterling, la valeur boursière des deux groupes diverge. Deutsche Börse capitalise plus de 14 milliards d’euros, contre moins de 11 milliard pour son homologue britannique. On comprend dès lors que les actionnaires de la Bourse de Francfort hésitent à franchir le pas.

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