Wall Street attend les chèques des particuliers

le 05/03/2021 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Les ménages américains, qui ont pris une large part au rallye depuis un an, pourraient placer en Bourse 170 milliards de dollars de l’argent versé par l’administration.

Les investisseurs particuliers se ruent sur la Bourse américaine.
Les Américains se sont rués sur la Bourse dès réception de leurs premiers chèques.
(Gerd Altmann/Pixabay)

Les marchés actions, et en particulier Wall Street, sont en plein doute. Après avoir atteint de nouveaux records mi-février, ils hésitent alors que les valorisations sont historiquement élevées, dans la technologie américaine notamment, et que les taux longs poursuivent leur hausse aux Etats-Unis. La Bourse de New York pourrait prochainement compter sur un soutien de taille, celui des investisseurs particuliers américains, grâce au prochain chèque versé par l’administration Biden.

Les particuliers ont pris part depuis un an au rallye des actions et notamment du secteur de la technologie à Wall Street. «La forte augmentation du ‘retail’ a été un facteur clé dans ce rallye», note Binky Chadha, stratégiste chez Deutsche Bank. Le nombre de comptes de particuliers ayant traité des actions du S&P 500 a été multiplié par 2,5 entre mars et septembre. Ils ont accru leur exposition après la correction et l’ont augmentée dans le rallye, note Deutsche Bank. Le nombre de transactions moyennes enregistrées par le courtier en ligne TD Ameritrade a quadruplé au premier semestre puis doublé après l’annonce des premiers résultats sur les vaccins en novembre.

37% à investir

Pour investir, les Américains, confinés ou au chômage, et ne pouvant consommer à leur guise, ont utilisé une partie des chèques envoyés par l’administration dans le cadre des plans de soutien budgétaires mis en place pour affronter la crise du Covid. Les économistes de Goldman Sachs estiment l’épargne accumulée par les ménages (chèques reçus, allocations chômage, réduction de la consommation…) à 1.500 milliards de dollars (1.250 milliards d’euros). Elle pourrait atteindre 2.400 milliards d’ici la fin de la crise. Une grande partie de cette épargne excédentaire (40%) est détenue par les plus aisés. Selon les estimations de la banque, 39% de cet argent aurait été investi dans des actifs dits illiquides, à savoir de l’immobilier et des actions.

Lors de la réception des chèques, le nombre d’ouvertures de comptes titres chez les courtiers a nettement augmenté. Les stratégistes de Bank of America (BofA) relèvent que les deux pics de téléchargements des applications de courtiers en ligne correspondent aux deux périodes où les ménages américains ont reçu des chèques de l’administration. A savoir avril 2020 et janvier 2021, avec d’importants mouvements en Bourse. C’est ce que confirme une enquête réalisée récemment par Deutsche Bank auprès d’investisseurs particuliers américains. La banque allemande relève que cet argent a largement servi à acheter des actions, mais il ne représente qu’une faible part des montants placés. Les prochains chèques pourraient entraîner une nouvelle augmentation de l’investissement des particuliers en Bourse aux Etats-Unis, selon BofA.

Sur la base des dernières discussions au Congrès américain, les ménages dont les revenus sont inférieurs à 80.000 dollars annuel recevront 1.400 dollars. Le coût total de cette mesure est estimé à 465 milliards. «Notre enquête révèle que les particuliers interrogés projettent d’investir en moyenne 37% du prochain chèque en Bourse, indique Binky Chadha. Selon nos calculs, cela voudrait dire que les actions recevront un afflux nouveau de 170 milliards de dollars, ce qui est un montant significatif.» Depuis le début de l’année, les fonds investis sur le marché américain ont collecté 65 milliards, selon EPFR.

Plus agressifs

Les investisseurs particuliers sont d’autant plus motivés que leur sentiment reste positif sur les actions. Ils sont 62% à penser qu’il s’agit d’un bon investissement principalement en raison de son rendement, selon l’enquête de DB. Les nouveaux investisseurs sont les plus optimistes. Motivés, mais aussi très actifs. Ces nouveaux venus (45% des personnes interrogées ont investi pour la première fois en Bourse au cours de la dernière année, dont 61% ont moins de 34 ans) ont un comportement plus «agressif», selon DB : recours à l'effet de levier, utilisation des options et consultation des réseaux sociaux pour dénicher les bons coups boursiers.

Toutefois, le montant du prochain chèque qui sera effectivement investi en Bourse dépendra de plusieurs paramètres. «Nous nous attendons à ce que l’activité du ‘retail’ augmente à nouveau avec le nouveau stimulus budgétaire, mais le niveau dépendra du type d’aide (étendue ou ciblée), de l’environnement de marché à ce moment-là mais aussi des éventuelles évolutions réglementaires actuellement en discussion», jugent les stratégistes de BofA. L’affaire GameStop est loin d'avoir produit tous ses effets.

Goldman Sachs vise un S&P 500 à 4.300 points

Wall Street reste ballottée par l’évolution des marchés de taux et l’indice Nasdaq revient à ses niveaux de début d’année. Les valorisations atteignent des extrêmes. Credit Suisse, qui a réduit à neutre son exposition sur les valeurs de croissance américaines en raison de la reflation, note que ces titres atteignent un pic entre 45 et 75 fois les bénéfices. Ils sont à 49 fois. Goldman Sachs (GS) estime que la hausse très volatile des taux devrait peser sur les multiples de bénéfices (PER). Ses stratégistes maintiennent néanmoins l'objectif de 4.300 points pour le S&P 500 d’ici la fin 2021 (revu à la hausse après la publication de bons résultats au quatrième trimestre), soit 12% de hausse par rapport au niveau actuel. Contrairement à 2020, cette progression viendra de la hausse des bénéfices grâce au rebond de la croissance attendu aux Etats-Unis. GS anticipe également une amélioration des marges, ce qui devrait permettre un bond de 27% des bénéfices par actions incluant l’impact d’une hausse des impôts. Cette progression des résultats devrait surtout bénéficier aux secteurs les plus cycliques, ce qui continuera de soutenir le mouvement de rotation entre croissance et cycliques/value grâce à la hausse des taux.

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