Stéphane Davin : «En matière de M&A, l’attractivité de la France reste forte»

le 25/01/2021 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Responsable du département fusions & acquisitions de Baker McKenzie à Paris, l'avocat constate un retour en force des acquéreurs américains et asiatiques dans l’Hexagone.

Stéphane Davin, responsable du département fusions & acquisitions de Baker McKenzie à Paris.
Stéphane Davin, responsable du département fusions & acquisitions de Baker McKenzie à Paris.

L’Agefi : Bruno Le Maire a mis un veto à un rapprochement entre Carrefour et Couche-Tard. Comment ce message est-il perçu par les investisseurs alors qu'Emmanuel Macron défendra ce lundi, auprès de dizaines de dirigeants d'entreprises étrangères, l'attractivité de la France ?

Stéphane Davin : J’ai l’habitude de dire à nos clients étrangers que les cas de refus sont extrêmement rares. Mais il est aussi vrai que le repli protectionniste observé sur la plupart des continents nous amène désormais à prévenir nos clients d’un risque plus important de politisation des opérations transfrontalières. J’appelle toutefois à ne pas surinterpréter le veto de Bercy sur le dossier Carrefour, car l’attractivité de la France reste forte. Depuis le deuxième semestre 2020, et plus particulièrement depuis novembre, nous constatons l’émergence de nombreux nouveaux projets, initiés par des acquéreurs français ou étrangers, en premier lieu américains et asiatiques.

N’y avait-il pas d’autres moyens d’aborder ce rapprochement ?

Le veto de Bercy nous a surpris, même si la souveraineté est un élément important qui mérite d’être protégé. Le gouvernement a juridiquement le droit de s’opposer à un rapprochement dans le secteur de la distribution de produits agricoles lorsqu'il en va de la sécurité alimentaire nationale. Mais plus généralement, on peut se demander si la perspective d'une autorisation dans ce secteur en échange de certains engagements en matière de sécurité des approvisionnements aurait pu prospérer. Ces négociations ne sont pas inhabituelles dans d'autres domaines d'activité.

Dans ce contexte, comment peut-on expliquer l’afflux d’investissements en France ?

Avant tout par des facteurs macroéconomiques, notamment grâce à la faiblesse des taux d’intérêt et à l’importance des liquidités dans le monde. Il y a aussi une vraie nécessité d’aller chercher de nouveaux marchés et de la croissance. Le Covid-19 a révélé la vulnérabilité de nombreux groupes, qui doivent aujourd’hui se transformer et se digitaliser. Or la croissance externe est encore le meilleur moyen d’y parvenir. D'autres groupes doivent se séparer de pans entiers d'activités, pour se recentrer ou réduire leur endettement.

Reste-t-il des freins à l’attractivité de la France ?

La France reste perçue comme un pays changeant trop souvent de réglementations, notamment en matière fiscale. Elle n’est pourtant pas si lourde, comme en témoigne le niveau d’imposition des sociétés. L’attractivité française s’est toutefois améliorée depuis 2017 et le pays peut se targuer d’un excellent niveau de productivité des salariés et de bonnes infrastructures.

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