La dette française attire plus que jamais les investisseurs

le 20/01/2021 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

L’émission d’obligations à 50 ans bouclée hier par l'Agence France Trésor a attiré une demande record malgré des rendements au plus bas.

Le ministère de l’Economie et des Finances
La nouvelle OAT émise par par l’Agence France Trésor a attiré 75 milliards d’euros de demandes.
(AdobeStock)

L’endettement public de la France, pointé par le Fonds monétaire international (FMI) dans son dernier rapport sur l’Hexagone, n’y fait rien. La demande pour les emprunts français a dépassé un nouveau sommet hier pour une émission à 50 ans. Pour le FMI, la France doit commencer à élaborer un plan pour contenir sa dette dès que l'économie aura fermement surmonté la crise due au coronavirus. Car si l’institution s'attend à un rebond de 5,5% du PIB cette année, elle estime aussi que la croissance restera inférieure à la tendance d'avant la crise car la situation financière des entreprises et le chômage élevé vont encore peser sur l'activité.

Des investisseurs de qualité

Les investisseurs n'ont pas la même inquiétude. La nouvelle OAT 0,50% 25 mai 2072, émise via une syndication bancaire, a attiré 75 milliards d’euros de demandes, un record pour une émission d’OAT (Obligation assimilable du Trésor). «C’est une belle transaction», se réjouit Anthony Requin, directeur général de l’Agence France Trésor (AFT). Selon le dirigeant, plus que le montant du carnet d’ordre, c’est sa qualité qui en fait son intérêt en assurant le bon comportement du titre après l’émission. En creux, les investisseurs de long terme ont été privilégiés sur cette transaction. Les assureurs, les fonds de pension et les gestionnaires de fonds, dont une grande partie en France et en Allemagne, ont représenté plus de 80% de l’allocation.

«Le montant émis de 7 milliards d’euros est une très bonne nouvelle sur une maturité aussi longue, poursuit Anthony Requin. Sur ce type de maturité le succès n’est jamais garanti car nous ne sommes pas dans le panier des maturités achetées par la Banque centrale européenne. Il s’agit d’un marché différent où les investisseurs ne sont pas uniquement poussés par la recherche de rendement mais où entrent en jeu également les caractéristiques techniques du titre (duration, convexité)». Cette opération a été réalisée pour offrir, à nouveau, aux investisseurs un point de courbe à 50 ans (la maturité résiduelle de la précédente émission à 50 ans réalisée en 2016 n’étant plus que de 45 ans).

Le rendement à l’émission, de 0,593%, est le plus bas pour une émission française à 50 ans. Les deux transactions précédentes ayant été réalisées à 1,923% en 2016 et 4,21% en 2005, rappelle Olivier Vion, responsable marché primaire obligataire, secteur public, chez Société Générale CIB, une des banques teneurs de livre. Le spread à l’émission a été resserré de 9 à 7 points de base au-dessus de l’OAT 2066 (et tient donc compte de la pente de la courbe des taux). Un prix en ligne avec le marché. Sur le marché gris le spread se resserrait à 6 pb, les investisseurs cherchant à compléter leurs lignes, précise Olivier Vion.

Première émission britannique post-Brexit

Hier, le Royaume-Uni a également émis des titres souverains (Gilts) à long terme (25 ans). Il s’agissait de sa première émission en syndication depuis le Brexit. Elle a attiré 56 milliards de livres pour 6,5 milliards émis avec un rendement de 0,8671%.

Plusieurs émetteurs souverains de la zone euro sont venus dans le marché depuis le début de l’année avec des carnets d’ordres historiques. Dès le 5 janvier, l’Italie a obtenu 105 milliards d’euros de demandes pour une émission à 15 ans (10 milliards et 0,992%), suivie par l’Irlande (40 milliards pour 5,5 milliards à 10 ans et -0,257%). La semaine passée la Belgique a obtenu 50 milliards de demandes pour son emprunt à 10 ans (6 milliards à -0,216%). L’Espagne a quant à elle réussi à attirer 130 milliards d’euros de demandes pour l’émission de 10 milliards à 10 ans (rendement de 0,114%) mais le carnet d’ordres a finalement été réduit de plus de la moitié (55 milliards) après que le spread à l’émission a été divisé par deux à 4 pb. Une façon pour les investisseurs de dire qu’ils n’acceptent pas tout.

Il faut dire que les besoins de financements restent élevés encore cette année. Ces souverains ont sans doute hâté leurs opérations avant le retour sur le marché de l’Union européenne d’abord dans le cadre de son programme Sure, probablement dans les prochains jours, et ensuite pour financer le plan de relance.

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