La Commission européenne réaffirme ses ambitions sur le rôle international de l’euro

le 20/01/2021 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Bruxelles entend notamment réduire l’exposition des marchés européens aux contreparties centrales du Royaume-Uni.

Mairead McGuinness, la commissaire aux Services financiers, et Paolo Gentiloni, commissaire à l’économie, lors de la conférence de presse du 19 janvier 2021 .
La commissaire aux Services financiers, Mairead McGuinness, lors de la conférence de presse du 19 janvier 2021 (avec Paolo Gentiloni, commissaire à l’Economie).
(Crédit European Union)

La Commission européenne (CE) a présenté mardi une nouvelle stratégie visant à promouvoir l’utilisation de l’euro à l’échelle internationale. Les velléités de l’exécutif européen de faire de l’euro un concurrent de taille face au dollar avaient déjà été affirmées en 2018, à la suite des sanctions américaines contre l’Iran, dont les conséquences avaient affecté plusieurs entreprises du bloc. La nouvelle stratégie européenne intervient à la veille de l’investiture de Joe Biden en tant que président des Etats-Unis et répond à la nouvelle volonté européenne d’affirmer «l’autonomie stratégique ouverte» de l’UE. 

Aux termes d’une stratégie en 15 points, Bruxelles prévoit de promouvoir auprès des pays tiers l’utilisation de la monnaie unique et de soutenir le développement d'instruments et d'indices libellés en euros. La CE compte en particulier continuer à favoriser le statut de monnaie internationale de référence de l'euro dans les secteurs de l'énergie et des produits de base, et notamment le secteur des nouveaux vecteurs d'énergie tels que l'hydrogène. Une intention déjà formulée en 2018, alors que ces deux dernières années, la part des contrats gaziers signés en euros est passée de 38% à 64%. 

Euro numérique 

«L'euro est la deuxième monnaie la plus importante du système monétaire international. Pourtant, son influence notamment en tant que monnaie de réserve et d'investissement, reste en deçà de son potentiel», constate la CE. «Un rôle international accru pour l'euro renforcera l'autonomie stratégique ouverte de l'UE, en particulier en protégeant le système financier contre les chocs de taux de change, en diminuant notre dépendance à l'égard d'autres devises et en réduisant les coûts de transaction, de couverture et de financement pour les entreprises de l'UE», développe encore l’exécutif européen. 

La Commission qui promet de soutenir les travaux de la Banque centrale européenne (BCE) concernant l'émission éventuelle d'un euro numérique, s’engage en outre à renforcer le statut de la monnaie unique en tant que «devise par défaut des produits financiers durables» et à promouvoir le recours aux obligations vertes.  

Réduire les vulnérabilités

Bruxelles entend enfin développer la résilience des infrastructures essentielles de ses marchés financiers, comme les bourses, les banques, les contreparties centrales ou encore les dépositaires centraux de titres, contre les interférences étrangères. Dans le contexte du Brexit, la Commission annonce ainsi la mise en place d’un groupe de travail chargé d'évaluer les éventuels problèmes techniques liés au transfert de contrats libellés en euros ou dans d'autres monnaies de l'UE à des chambres centrales de compensation (CCP) établies dans l'UE. Si une décision d'équivalence règlementaire a été accordée aux CCP britanniques jusqu’en juin 2022, ce délai doit servir de période de transition aux CCP de l'UE pour développer leur capacité et réduire la grande dépendance de l’Europe vis-à-vis du Royaume-Uni en la matière. «Le fait qu'une grande partie des contrats libellés en euros soient compensés en dehors de l'UE constitue un point de vulnérabilité», a observé la commissaire aux Services financiers, Mairead McGuinness.

La Commission prévoit par ailleurs «d’analyser minutieusement», en coopération avec la BCE et les autorités européennes de surveillance financière, les vulnérabilités des sociétés d'infrastructure de marchés face à l’éventuelle application extraterritoriale illégale de mesures unilatérales prises par des pays tiers, afin d'agir pour y remédier. Bruxelles examinera d’autres options «politiques» pour dissuader et contrecarrer davantage l’application de mesures extraterritoriales.

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