Les «anges déchus» reviennent hanter le marché high yield

le 25/02/2020 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

La part des entreprises notées à la limite de la catégorie haut rendement n’a jamais été aussi élevée.

Les «anges déchus» reviennent hanter le marché high yield
(Photo Kraft.)

La rétrogradation de Kraft Heinz en catégorie spéculative (BB+) par Fitch Ratings et la perspective de revoir Renault y retomber relancent la crainte d’une vague massive d’«anges déchus», ces entreprises notées triple B et basculant en junk bonds. Mi-janvier, c’est le groupe de concessions italien Atlantia qui était passé en high yield. Au total, rien qu’en Europe, en comptant les obligations de Renault, cela représente 15 milliards d’obligations à absorber pour le high yield.

Dans son rapport annuel sur les marchés financiers, l'Autorité européenne des marchés financiers (Esma) relève une détérioration de la qualité de crédit (de même que l'OCDE) qui pourrait se traduire par une multiplication des cas de «fallen angels»​, la part des BBB ayant fortement augmenté.

«Notre principale crainte reste la rapide croissance du segment BBB- dans le cycle actuel», observe Matthew Bailey, stratégiste crédit chez JPMorgan. Il est passé de 28 milliards d’euros (2,9% de l’indice high yield européen) à 224 milliards (9,9%). «Cela représente déjà plus des deux tiers de la totalité du marché ‘high yield’, poursuit le stratégiste. Ce qui pourrait rendre difficile le transfert de risque entre investisseurs», en cas de vague d’«anges déchus».

«Les derniers 'fallen angels' ne sont pas des surprises pour les investisseurs, note néanmoins Alain Krief, responsable de la gestion taux chez Edram. Les titres ont baissé, alors qu’ils étaient encore en catégorie ‘investment grade’, mais ne se sont pas effondrés. Le vrai risque est quand des titres ne voient pas le fond et qu’il y a un impact pour l’ensemble du marché». C’est le marché américain qui pose aujourd’hui problème. La crise du coronavirus met en risque non seulement le secteur automobile mais également certains pans de l’industrie ainsi que la construction et les matériaux. Le risque du marché américain n’est guère étonnant pour Matthieu Bailly, responsable de la gestion chez Octo AM : «Les entreprises américaines notées BBB ont profité des taux bas pour se réendetter. Leurs ratios d’endettement sont revenus au niveau historique de 2000-2001». Selon Citigroup, 179 milliards de dollars de dettes, soit 21% des émetteurs notés BBB-/BB ont une perspective ou une surveillance négative sur leur notation d’au moins une agence de notation. Une vague de fallen angels provoquerait une revalorisation de l’ensemble de la classe d’actifs, et pas uniquement du marché américain, car il y aura plus d’obligations à refinancer avec un nombre d’acteurs moins important.

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(Illustration L'Agefi.)

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