L’inversion de la courbe des taux donne le vertige

le 16/08/2019 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Après les Etats-Unis, les courbes se sont inversées au Royaume-Uni et au Canada, augmentant la pression sur les banques centrales.

L’inversion de la courbe des taux donne le vertige
(photo Pixabay.)

L’inversion de la courbe des taux américains fait tache d’huile. Pour la première fois depuis la crise de 2008, les taux à dix ans britanniques sont passés mercredi sous les rendements à deux ans. Idem au Canada. En zone euro, les courbes résistent mais la pente est de plus en plus faible. Hier, l’écart entre les taux allemands à dix ans et ceux à deux ans n’était que de 20 points de base : du jamais vu depuis 2008. Les rendements négatifs sont légions, en Allemagne, en France, aux Pays-Bas mais aussi en Europe centrale (Pologne et République tchèque). L’Espagne n’est plus très loin avec des rendements à dix ans de 0,03% hier.

Les raisons de l’inquiétude des investisseurs sont connues : la guerre commerciale sino-américaine et le ralentissement de la croissance qu’elle provoque. Sur ces deux points, les dernières nouvelles ne sont pas favorables. Le ministère des Finances chinois a promis hier de prendre des contre-mesures après les droits de douane que les Etats-Unis menacent d'imposer sur 300 milliards de dollars d'importations chinoises. En Europe, comme attendu depuis des semaines, le PIB allemand a baissé de 0,1% au deuxième trimestre.

Ces inversions de courbe sont-elles nécessairement le signe d’une récession imminente ? Pas si vite disent les stratégistes de Deutsche Bank.  « Ce qui compte c’est la durée et l’ampleur de l'inversion de la courbe. Si les baisses de taux de la Fed parviennent à redresser la courbe significativement en territoire positif, cette brève inversion de la courbe ne pourrait être qu’un signal de récession prématuré ». Dans le passé, « l’inversion a coïncidé avec une récession dans les 18 à 24 mois suivants, nous ne parlons donc pas demain », ajoute Fidelity International.

La pression repose donc un peu plus sur les épaules des banques centrales, de la Fed en premier chef, pour éviter ce scénario noir. « La Réserve fédérale a agi bien trop vite (pour relever ses taux) et est maintenant très très en retard. C'est dommage, il y a tant à gagner ! », a critiqué Donald Trump mercredi.

La Fed a réduit ses taux d'un quart de point le 31 juillet, ce qu'elle n'avait plus fait depuis la crise financière il y a 10 ans, mais a prévenu qu’il ne s’agissait pas du début d’un cycle d’abaissement des taux. Vu l’évolution de la situation depuis, les marchés anticipent un nouvel assouplissement dès le mois prochain, ce qui permettrait à la Fed de rattraper son retard sur le marché, au moins à court terme.

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