Les entreprises se pressent au chevet de Notre-Dame

le 17/04/2019 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Plus de 700 millions d'euros de dons ont été recensés hier, grâce notamment à un cadre fiscal incitatif. Le conseil des ministres sera consacré au sinistre ce matin.

Incendie de la cathédrale Notre-Dame le soir du 15 avril 2019.
Incendie de la cathédrale Notre-Dame de Paris le soir du 15 avril 2019.
(Photo N Gaschy.)

Moins de deux jours après l’incendie de Notre-Dame, le conseil des ministres sera entièrement consacré ce matin au sinistre. Les questions sur le coût et les délais du chantier de reconstruction de la cathédrale, qui incombe à l’Etat, le propriétaire de Notre-Dame, seront abordées. Hier, le président de la République a promis que la reconstruction sera achevée en cinq ans. De nombreuses interrogations se posent aussi sur l'organisation du chantier, notamment sur la gestion des centaines de millions d’euros de promesses de dons qui affluent depuis lundi soir et l'appel à une souscription nationale lancée par Emmanuel Macron.

L’incendie a fait naître une mobilisation financière inédite parmi les entreprises. En une seule journée, les grands groupes français et/ou leurs principaux actionnaires (LVMH-Arnault, L’Oréal-Bettencourt Meyers, Total, Kering-Pinault, Bouygues, Decaux…) se sont engagés à donner plus de 700 millions d’euros pour aider à la reconstruction de Notre-Dame. Ce total ne tient compte que des initiatives rendues publiques hier et le montant final sera très largement supérieur, les organisations patronales (Medef, Afep et CPME) ayant appelé leurs adhérents à donner.

Le Crédit Agricole, via sa fondation, a annoncé vouloir donner 5 millions d'euros, dont 1 million pour la caisse d’Ile-de-France. La Société Générale a promis 10 millions d’euros et « étudie également les moyens d’associer ses collaborateurs et ses clients qui ont à cœur de participer à cette mobilisation collective sans précédent ». BNP Paribas, le Crédit Mutuel et le CIC ont aussi prévu de participer à l'effort. Axa a annoncé vouloir mobiliser «10 millions d’euros pour la souscription nationale lancée par le président de la République».

Le total calculé hier ne tient pas non plus compte des initiatives plus matérielles que le simple don d’argent. «La Caisse des dépôts offrira des chênes issus de ses forêts gérées par la Société forestière nécessaires à la reconstruction de la charpente de la cathédrale», a annoncé son directeur Eric Lombard sur Twitter. Groupama va offrir «les 1.300 chênes centenaires nécessaires à la reconstruction de la charpente de Notre-Dame de Paris». «Pour respecter le travail des Compagnons de l'époque, ces chênes seront prélevés dans ses forêts normandes», a ajouté l'assureur.

Fiscalité favorable

De son côté, Vinci a lancé un appel à une union du secteur français du BTP dans le cadre d'un mécenat de compétence pour travailler sur la reconstruction de la cathédrale. «Cette opération de mécénat de compétence, menée par une profession tout entière, pourrait s'organiser sous l'égide de la Fondation du patrimoine et permettrait d'engager la reconstruction dans les plus brefs délais, afin que Paris retrouve sa cathédrale», a expliqué Vinci. Le groupe prévoit d'apporter une partie du financement du futur chantier dans le cadre de la souscription nationale prévue et proposera à ses salariés de s'associer au projet. EDF a également proposé ses services techniques.

Cet afflux de dons est favorisé par la fiscalité. La loi Aillagon de 2003 permet aux entreprises de déduire 60% de leurs dépenses de mécénat, dans la limite de 5‰ (cinq pour mille) de leur chiffre d'affaires annuel hors taxes. Cette déduction peut monter jusqu’à 90% lorsque le mécénat porte sur l'achat de biens culturels considérés comme des «trésors nationaux» ou présentant «un intérêt majeur pour le patrimoine national».

La restauration de Notre-Dame n’entre pas dans ce dernier cas. Mais hier, l'ancien ministre de la Culture, Jean-Jacques Aillagon, aujourd’hui directeur général de la Pinault Collection, a plaidé pour que «l'Etat décrète vite Notre-Dame comme Trésor national, de façon à ce que les dons faits pour sa reconstruction bénéficient de la réduction d'impôt de 90%». «Nous allons voir avec le gouvernement quel dispositif spécifique nous mettons en œuvre, mais bien évidemment l'Etat sera là auprès de tous nos compatriotes pour reconstruire», a assuré sur France Inter Franck Riester, l'actuel ministre de la Culture.

Ce dispositif est coûteux pour l’Etat. Dans un rapport publié à l'automne, la Cour des comptes avait appelé à «mieux encadrer» le mécénat d'entreprise. Selon les calculs des magistrats, la dépense fiscale est passée de 90 millions en 2004 à plus de 900 millions d’euros en 2016 et 2017, dépense dont «l’analyse et le pilotage par l’État sont particulièrement lacunaires».

Mobilisation internationale

La mobilisation dépasse largement le cadre des frontières françaises. Le président du Conseil européen, Donald Tusk, a annoncé que la Commission européenne appuierait les efforts de reconstruction. La Banque centrale européenne a également indiqué sur Twitter vouloir «participer aux efforts de restauration» sous une forme non précisée. La French Heritage Society, organisation installée à New York qui se consacre à la préservation des trésors architecturaux et culturels français, a elle aussi lancé une page Web pour collecter des fonds.

Henry Kravis et sa femme débourseront 10 millions de dollars, a annoncé le fonds américain KKR. Tim Cook, le PDG d’Apple, première capitalisation boursière mondiale, a annoncé que le groupe donnera pour la reconstruction de la cathédrale.

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