Le M&A entre dans une zone d’incertitude

le 14/11/2016 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

La rhétorique protectionniste et hostile aux oligopoles de Donald Trump fait craindre un gel des fusions-acquisitions.

Le M&A entre dans une zone d’incertitude
Donald Trump s’est engagé en octobre dernier à bloquer l’acquisition de Time Warner par AT&T.
(Photo AT&T.)

La posture à la fois protectionniste et anti-oligopole du futur président des Etats-Unis Donald Trump nourrit les conjectures sur sa politique à l’égard des fusions-acquisitions (M&A). Plusieurs courtiers estiment que les conséquences seront négatives. Tandis que Jefferies craint que le programme de Donald Trump concernant le commerce international, la santé, la fiscalité et l’énergie ne provoque un ralentissement du primaire actions et des opérations de M&A, Goldman Sachs évalue entre 20 et 30% la baisse de revenus des banques d’investissement centrés sur l’activité de conseil en fusions-acquisitions.

Donald Trump s’est engagé en octobre dernier à bloquer l’acquisition de Time Warner par AT&T, estimant que l’opération de 85,4 milliards de dollars concentrerait trop de pouvoir entre les mains d’une société. Si le président n’a pas de pouvoir direct d’antitrust, il nomme néanmoins les responsables des institutions en la matière - le ministère de la Justice et la Federal Trade Commission (FTC). Dès lors, ces déclarations alimentent le scepticisme quant à la réussite de l’opération, déjà nourri par la sévérité des autorités de la concurrence ces dernières années. L’écart entre le cours de l’action Time Warner et la valeur implicite de l’offre d’AT&T s’est creusé depuis mardi – malgré les déclarations optimistes de John Stephens, directeur financier de l’opérateur télécoms, mercredi soir.

« America First »

Le futur locataire de la Maison Blanche ne s’est pas contenté de mentionner cette opération. Il a également menacé Amazon de procédures antitrust, ainsi que la fusion entre Comcast et NBC Universal, pourtant bouclée en 2013. Ces trois groupes détiennent des médias qui ont croisé le fer avec Donald Trump lors de la campagne, ce qui fait craindre un élément supplémentaire d’arbitraire.

Dans une optique «anti-oligopole», plusieurs autres transactions soulèvent des questions : le rapprochement entre Dow Chemical et DuPont dans la chimie ou l’offre de Bayer sur Monsanto dans les semences et l’agrochimie, plus récemment le projet de rapprochement entre GE et Baker Hughes dans les services parapétroliers (créant le numéro deux mondial), ou, à plus petite échelle, l’offre de TD Ameritrade sur Scottrade, qui unirait deux des principaux courtiers en ligne américains.

Plus généralement, les opérations lancées par des groupes étrangers sur des entreprises américaines – ou disposant d’activités importantes aux Etats-Unis – seront probablement dans le viseur de la prochaine administration (voir tableau). Ce type de transactions doit passer sous les fourches caudines du Comité sur les investissements étrangers aux Etats-Unis (CFIUS). ChemChina, en passe d’acquérir le suisse Syngenta, a obtenu l’accord du CFIUS fin août, mais les déclarations de Donald Trump sur un déséquilibre qui existerait dans les relations commerciales entre les Etats-Unis et la Chine (en faveur de cette dernière) laissent entrevoir des difficultés à venir pour les entreprises chinoises, de plus en plus désireuses de se déployer hors de leurs frontières. En outre, la perspective d’augmentation des droits de douane pourrait décourager des investisseurs étrangers.

Spéculations dans les télécoms

Mais comme il existe des secteurs gagnants dans le programme de Donald Trump, certaines opérations pourraient a contrario gagner en probabilité de conclusion. C’est par exemple le pari des investisseurs dans l’assurance-santé : les spreads des rapprochements entre Aetna et Humana, Anthem et Cigna et Walgreens et Rite Aid se sont resserrés.

Si les ambitions verticales d’AT&T n’ont pas l’heur de plaire au futur président, la concentration du secteur des télécoms américain pourrait repartir de plus belle. «La politique de Trump en matière de télécoms est élaborée par Jeffrey Eisenach, qui a été historiquement positif à l’égard des fusions entre opérateurs», a déclaré à Reuters Jonathan Chaplin, analyste chez New Street Research. Les titres Sprint et T-Mobile US, détenu à 65% par Deutsche Telekom, se sont adjugé respectivement 13,4% et 5,1% mercredi à Wall Street, le second atteignant un record historique à 53,01 dollars. Le rapprochement entre les deux sociétés avait été bloqué par les autorités en août 2014. Sprint a gagné jusqu’à 5,1% et T-Mobile US était stable jeudi en matinée, avant de retomber suite à la mise au point de Deutsche Telekom : l’opérateur allemand a déclaré qu’il était trop tôt pour déduire l’effet de l’élection du candidat républicain sur les fusions-acquisitions.

Quoi qu’il en soit, les acteurs économiques feront probablement preuve d’attentisme au cours des premiers mois d’exercice du pouvoir de Donald Trump, pour distinguer le vrai du faux dans la rhétorique électorale provocatrice du futur président.

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