Le trading pose un défi aux régulateurs

le 16/07/2009 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Le compte propre reste un moteur de résultat pour des banques comme Goldman Sachs

Comment contenir les activités de trading des banques, que la crise a rendues encore plus systémiques? La question préoccupe les régulateurs de tous bords. Elle a pris un nouveau relief avec les résultats exceptionnels publiés par Goldman Sachs le 14 juillet. La banque d’affaires a vite occupé la place laissée vacante par certains concurrents, et a aussi fait fructifier son trading pour compte propre. Au prix d’un appétit pour le risque croissant, comme le montre la hausse régulière de sa Value at Risk (VaR).

Au deuxième trimestre, la VaR de Goldman Sachs a atteint 245 millions de dollars. Ce montant mesure la perte maximale probable de la banque pour un jour donné. La crise financière a certes mis en lumière les limites de cet indicateur, mais la VaR n’en reste pas moins un thermomètre des risques pris sur le marché.

Aux Etats-Unis, le débat bat déjà son plein sur les risques systémiques posés par le nouveau paysage bancaire. La Federal Deposit Insurance Corp (FDIC), qui garantit les dépôts, a proposé d’imposer une contribution aux grands établissements. Cette charge frapperait les banques qui, au-delà de l’activité traditionnelle de prêt, sont présentes, par exemple, dans le trading pour compte propre. Les vues de Sheila Bair sont cependant éloignées de celles du Trésor, où l’on ne compte plus les anciens de Wall Street en général et de Goldman Sachs en particulier.

De ce côté-ci de l’Atlantique, la question fait aussi bouger les régulateurs. Le Comité de Bâle a publié le 13 juillet de nouvelles règles visant à mieux cerner le risque des activités de trading des banques. Applicable au 31 décembre 2010, cette réforme devrait se traduire par des exigences en capital accrues.

Le projet de réforme de la norme IAS 39 sur la comptabilisation des instruments financiers à la juste valeur, que l’IASB a dévoilé cette semaine, aura également des conséquences sur l’activité de trading des banques. Un effet qui reste encore très difficile à mesurer. D’autant que le normalisateur comptable consultera en octobre en décembre, respectivement, sur les méthodes de dépréciation et le traitement des actifs de couverture.

La nouvelle IAS 39 propose de simplifier la classification des actifs bancaires en deux catégories : ceux comptabilisés au coût historique amorti, d’une part, et ceux de transaction à la juste valeur, de l’autre. « Pour la première fois, l’IASB renonce à l’objectif de valoriser l’ensemble de l’actif et du passif des banques à la valeur de marché. Elle reconnaît aussi les différences de business model entre établissements », concède Jean-Paul Caudal, en charge du dossier à la Fédération bancaire française (FBF).

Pour autant, la réforme est loin de battre en brèche la notion de valeur de marché. « Les produits les plus complexes et singuliers, et donc les moins liquides, seront enregistrés en mark-to-market. Les actifs de trading transférés à l’automne dernier en actifs disponibles à la vente ont toutes les chances de refaire le chemin inverse », regrette Jean-Paul Caudal. Le coût amorti sera en effet réservé aux actifs dont les caractéristiques les assimilent à un prêt, ce qui exclut les swaps ou les tranches de produits structurés. Et toutes les actions seront mises en valeur de marché, même certaines lignes non cotées qui jouissaient d’une exemption.

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