Natixis reste un gouffre pour ses actionnaires

le 15/05/2009 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

La banque a déjà consommé 40 % des fonds que l'Etat injecte au capital de ses deux maisons mères

Natixis demeure un puits sans fond pour ses actionnaires. La perte de 1,8 milliard d'euros publiée au premier trimestre 2009 contraint déjà la banque de gros à consommer deux des cinq milliards d’euros que l’Etat s’apprête à injecter dans le nouvel ensemble Caisses d’Epargne – Banques Populaires, dont le mariage accéléré a pour but d’amortir les problèmes de leur filiale. Nombreux étaient les analystes à s'interroger hier sur la pérennité de cette solution, et sur l’avenir de Natixis à la Bourse de Paris.

« Une telle absorption de capital nouveau dès le premier trimestre est impressionnante. Et il y aura d’autres dépréciations à passer. Les résultats du deuxième trimestre, avec la nouvelle direction générale [Laurent Mignon, ndlr], seront déterminants », glissait hier un analyste financier qui tient à rester anonyme.

Début mars, dans une note, Keefe, Bruyette & Woods estimait à 2,9 milliards d’euros le montant des dépréciations à passer dans le groupe en 2009. Il reste en effet, en montant nominal, 48,2 milliards d’euros d’actifs dans la structure interne où la banque a logé les dérivés complexes et autres parts de titrisation dont elle entend se débarrasser. Mais entre le 31 décembre et le 31 mars, le montant de ces actifs pondérés par le risque est passé de 31 à 33,7 milliards d’euros, car un certain nombre d’entre eux ont été dégradés par les agences de notation, ce qui leur fait consommer davantage de capital.

Même si la banque a réduit de 2 milliards d’euros au premier trimestre ce portefeuille, les cessions ne sont pas non plus la panacée. « Il n’y a tout simplement pas d’acquéreurs. Les seuls actifs que nous avons pu vendre étaient d’une très bonne qualité : nous l’avons fait à contrecœur, et avec une décote », confiait une source interne au groupe fin avril.

La lente résorption des excès passés bouche les perspectives des deux actionnaires de référence, qui consolident 70 % des pertes de leur filiale et lui consacrent toutes leurs ressources. Comme l’an dernier, l’Ecureuil et les Banques Populaires ont dû lui consentir une avance, de 750 millions chacun. Si la Caisse nationale des Caisses d’Epargne prendra l’ensemble de la facture à sa charge, la Banque Fédérale des Banques Populaires ne contribuera qu’à hauteur de 550 millions et demandera à ses banques régionales de verser les 200 millions restants. Autant de fonds propres en moins pour le développement du réseau. Maigre consolation, cette avance sera rémunérée à Euribor 1 mois + 600 points de base, soit 6,83 % au taux du 14 mai, ce qui donnerait un intérêt annuel d’environ 100 millions.

Les deux groupes, bientôt fusionnés, pourront-ils encore longtemps porter ce fardeau ? A Bercy, on répétait hier que le soutien de l’Etat a été bien dimensionné. Les pouvoirs publics ont toujours écarté l’idée d’une défaisance ou d’une garantie, solution que la Belgique a adoptée hier pour KBC (lire page 12). Au besoin, l’ensemble Caisses d’Epargne – Banques Populaires devra chercher le cash ailleurs. Une revue stratégique sera d'ailleurs menée d’ici à fin 2009 sur ses actifs immobiliers (Foncia, Nexity, Crédit Foncier) pour « soit les intégrer dans le nouvel organe central, soit les céder », a indiqué hier aux Echos le nouveau patron du groupe, François Pérol.

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