Le marché des IPO reste très tendu

le 09/02/2010 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Les ajustements de prix et les reports d’opérations se multiplient sur les places occidentales

Les statistiques peuvent être trompeuses. Le marché mondial des IPO a beau avoir permis de lever 9,8 milliards de dollars en janvier (contre des volumes nuls un an plus tôt), la reprise est loin d’être acquise. Avec des BRIC pesant 82 % des volumes, l’activité reste pour l’heure anecdotique sur les places occidentales. A l’image de Medica hier, nombre d’émetteurs ont de surcroît été contraints de revoir leurs prétentions à la baisse ces derniers temps. Sans compter ceux qui ont plus radicalement renoncé à leurs projets.

Les conditions de marché sont bien entendu pointées du doigt. Avec des Bourses qui ont cédé plus de 10% depuis la mi-janvier, la période n’est pas la plus propice aux IPO. Surtout au vu de la performance des groupes déjà introduits cette année: -4,4% en moyenne aux Etats-Unis selon IPOhome.com et presque -20% pour Rusal à Paris.

«Le marché est très regardant sur les prix, notamment pour les dossiers venant du private equity», rappelle un banquier, renouvelant une mise en garde déjà faite à l’automne. La plupart des projets d’IPO promus par des fonds se trouvent effectivement chahutés aujourd’hui. C’est le cas de Medica (lire en page 6) qui a dû ajuster son prix à la baisse comme l’avait déjà fait le gestionnaire de fonds Gartmore fin 2009. Dans un registre proche, le SPAC Helikos promu par Wendel a récemment maintenu le prix de son IPO mais a levé moins que prévu (200 millions d’euros au lieu de 250).

Ces exemples ne sont pas les plus critiques. Outre-Atlantique, notamment, les reports ou annulations pures et simples se multiplient. IPOhome.com en dénombre cinq depuis deux semaines dont HealthPort (solution informatiques pour la santé) fin janvier. Patriot Risk Management revient aujourd’hui frapper à la porte de la Bourse américaine après avoir décalé son IPO la semaine passée, et baissé son prix de 9%. Imperial Capital (gestion high yield) et FriendFinder (édition) ont également mis de côté leurs projets. Ainsi, des quatre IPO prévues aux Etats-Unis la semaine passée, seule celle d’Ironwood Pharmaceuticals a pu avoir lieu… avec un prix abaissé de 25%.

Dans ce contexte, les dossiers prêts à sortir sont peu nombreux. En France, bien que la biotech AB Science ait prévu de réunir les analystes demain, «on ne se bouscule pas pour venir actuellement sur le marché», avoue-t-on dans une banque.

Aux Etats-Unis, pas plus de huit dossiers restent à l’agenda pour le mois. Toutefois, les fonds ne semblent pas se décourager. Parmi les candidats figure Graham Packaging (emballages en plastique), emmené par Blackstone. Une opération de 350 millions de dollars.

En revanche, les projets sans horizon précis ou évoqués par la rumeur ne manquent pas, que ce soit en Europe (Lucien Barrière, New Look, BSN Medical, Amadeus…) ou aux Etats-Unis (T-Mobile...), région pour laquelle Barclays prévoit 50 milliards de dollars d’IPO en 2010 (contre 1 milliard jusqu’ici).

Reste à savoir si les dossiers portés par des fonds iront bien jusqu’à la Bourse. Entre des marchés agités et un besoin de solder des participations, la tentation pourrait être grande pour le private equity d’étudier en parallèle des projets d’IPO et de ventes en secondaire (dual track). Pets at Home en est un exemple récent. Bridgepoint prévoyait d’introduire le distributeur britannique. Finalement, il l’a vendu fin janvier à KKR pour 955 millions de livres.

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