Les groupes émergents ont encore les moyens de mener des acquisitions

le 20/03/2009 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Tarique Shakir-Khalil, associé en fusions-acquisitions chez PricewaterhouseCoopers Corporate Finance, répond à «L'Agefi»

L’Agefi : Les rachats de groupes européens par des acquéreurs issus de pays émergents ont pesé 45 milliards d’euros en 2008. Pourquoi un tel attrait ?

Tarique Shakir-Khalil : Outre la volonté de certains acteurs de sécuriser leurs ressources, beaucoup y voient un moyen de se renforcer sur leur marché domestique. C’est le cas en Chine où les groupes un peu à la traîne de leur secteur ont besoin d’une nouvelle impulsion, par exemple technologique, pour rester en course dans leur pays. Ils peuvent trouver cette inspiration en Europe.

La diversification géographique n’est donc pas leur priorité immédiate ?

Pour des groupes ayant évolué sur des marchés émergents à très forte croissance, comme la Chine, se diversifier sur des marchés occidentaux à faible croissance a très peu d’intérêt et suppose une grosse prise de risque. Des groupes indiens commencent bien à se diversifier géographiquement. Mais pour eux, il s’agit surtout de prendre un ticket pour être présent à l’avenir.

57% des opérations en valeur sont conclues outre-Manche. Comment l’expliquer ?

La culture et la langue jouent sur ce plan un rôle important, en particulier avec les acquéreurs du Moyen-Orient et d’Inde. Beaucoup de fonds des pays émergents ont dès le départ choisi de s’installer à Londres. Ce qui leur donne une plus grande proximité avec les groupes britanniques. Et à leurs yeux, la perception d’attractivité joue plus en faveur du Royaume-Uni que de la France.

Quels sont les freins à ce type d’opération?

En marge des mesures protectionnistes sur certains secteurs, je mettrais surtout en avant les questions culturelles et l’incompréhension entre occidentaux et émergents. Les asiatiques apprécient qu’on leur parle d’ANR alors qu’en présentant une société, les occidentaux insistent sur les résultats. Les pays émergents ont aussi du mal avec nos processus d’enchères car leurs décisions sont très concertées. Ce qui rallonge leur temps de réaction et les empêche parfois de conclure des opérations.

Les émergents resteront-ils actifs en 2009 ?

Ils ressentent aussi les effets de la crise. Mais ils ont l’avantage d’y être entrés avec des bilans plus solides affichant moins de levier. Beaucoup de groupes émergents disposent en outre du soutien de leur Etat. Ils ont encore les moyens de mener des opérations mais pourraient temporiser jusqu’au second semestre.

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