Le capital-investissement européen en souffrance

le 12/03/2009 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Une chute de 24,9% pour le private equity dans son ensemble et de 26,4% pour le LBO. Ce sont les performances 2008 sur un an publiées hier par Thomson Reuters à l’occasion du Forum investisseurs de l’Association européenne du capital-investissement (Evca). Cette baisse des taux de rendement interne (TRI) nets reflète la chute de valeur sur un an des actifs nets restés en portefeuille (NAV), ajoutée à la baisse de valeur liée aux actifs cédés dans l’année. Les performances à moyen terme (voir graphique) restent correctes.

La performance des «méga LBO», plus exposés en termes de levier, a encore plus baissé sur un an. Les professionnels, dont Javier Echarri, secrétaire général de l’Evca, rappellent cependant que si la forte dépréciation des valeurs à court terme a eu un impact sur les rendements à l’horizon d’un an, cette classe d’actifs se mesure d’abord à moyen/ long terme. «Et les performances du private equity restent intéressantes quand on prend le TRI moyen à long terme (10,3%) pour le comparer aux marchés boursiers», rappelle David Bernard, responsable du secteur chez Thomson Reuters. Celui-ci constate des rendements allant de 8,9% à -1,8% sur les indices européens pour lesquels sont reproduits les mêmes flux d’entrées et de sorties sur longue période. La baisse à court terme reflète aussi une meilleure réactivité des gérants de fonds dans l’évaluation «la plus juste possible» de leur portefeuille, ce qui pourrait atténuer les mauvaises surprises dans les mois qui viennent.

Concernant l’activité d’investissement, l’Evca a constaté une baisse de 27% en valeur, avec 52,4 milliards d’euros placés l’an dernier en Europe dans près de 4.600 sociétés (et 59 milliards d’euros attendus une fois tous les chiffres agrégés en juin). Là encore, le LBO connaît la plus forte baisse, -40% (à 34,1 milliards d’euros) avec même -50% (à 13,3 milliards d’euros) pour ceux de plus de 100 millions d’euros pour lesquels ils étaient devenu difficile de trouver de la dette. Le capital développement progresse en revanche de plus de 240% avec 8,1 milliards d’euros et 615 transactions. «Sachant que les investissements réalisés lors des récessions se sont avérés historiquement comme ceux produisant les meilleures performances»,  rappelle Javier Echarri. Le marché le plus mûr, le Royaume-Uni, est aussi le plus touché en montant (-39%), devant les pays scandinaves (-34%), la France et le Benelux (-32%). Seuls deux grands secteurs ont attiré plus de capitaux qu’en 2007 : l’énergie/ l’environnement ainsi que l’informatique/ électronique grand public.

La crise a également affecté les levées, en baisse de 20% à 65,3 milliards d’euros pour 128 fonds européens, contre 144 en 2007. Notons que le capital risque a quand même réussi à lever quarante-sept véhicules auprès d’investisseurs institutionnels, dix de plus qu’en 2007, pour 3,89 milliards collectés. Les fonds de pension, avec 23% des montants levés, restent les principaux pourvoyeurs, tandis que les banques ont vu leur contribution passer de 9,1 à 3,8 milliards d’euros. Les sorties, mesurées au coût d’acquisition, se sont presque arrêtées au deuxième semestre, avec un total annuel de 13,1 milliards d’euros, contre 26,6 en 2007, et seulement neuf introductions en Bourse en tout.

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