La police britannique s'intéresse à la Banque d'Angleterre

le 05/03/2015 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Le Serious Fraud Office soupçonne l'existence de manipulations au cours des adjudications de liquidités au système bancaire entre 2007 et 2008.

Déjà mise en cause dans le scandale de la manipulation du marché des changes, la Banque d’Angleterre (BoE) se trouve cette fois sous le feu d’une enquête pénale sans précédent. La banque centrale britannique a en effet admis que le Serious Fraud Office (SFO), en charge de la lutte contre la délinquance économique et financière, enquêtait sur des soupçons de manipulations liées aux adjudications de liquidités qu’elle a menées entre 2007 et 2008, au début de la crise financière, alors que son système bancaire était soumis à de fortes tensions. Elle est sortie du bois suite à une déclaration laconique formulée un peu plus tôt dans la journée par le SFO.

En fait, c’est la banque centrale elle-même qui a alerté le SFO il y a plusieurs mois. «Suite à la confirmation par le SFO qu’il étudiait les informations communiquées par la Banque d’Angleterre, la Banque peut maintenant confirmer qu’elle avait mandaté le Queen’s Council [avocat nommé par la couronne] Lord Grabiner pour conduire une enquête indépendante relative aux enchères de liquidité au cours de la crise financière en 2007 et 2008. Suite aux conclusions de cette enquête initiale, la BoE a soumis le dossier au SFO le 20 novembre 2014. Etant donné que les investigations sont toujours en cours, il n’est pas approprié de faire davantage de commentaires sur le sujet pour le moment», a expliqué l’institution dans son communiqué.

Le Financial Times avait déjà évoqué en novembre dernier le lancement de l’enquête indépendante par la Banque d’Angleterre, qui n’avait pas confirmé l’information. Celle-ci se demandait si certains de ses salariés étaient informés ou impliqués dans des manipulations lors des adjudications menées par la BoE fin 2007 et début 2008 pour soutenir le marché interbancaire; l’institution prêtait de l’argent aux banques à des taux très faibles, voire négatifs, contre des actifs en collatéral.

Selon FT, Lord Grabiner avait interrogé une dizaine de salariés de la BoE, qui leur avait payé les frais d’avocats. La Banque d’Angleterre se trouve désormais mêlée à une enquête criminelle pour la première fois depuis la création du SFO en 1987.

Il reste toutefois à préciser si les investigations du SFO se concentrent sur le comportement de professionnels des marchés, d’employés de la BoE ou des deux à la fois.

Quelle que soit l’issue de l’enquête, la Banque d’Angleterre ne pourra faire l’économie d’une sérieuse remise en cause de sa gouvernance.

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