La réforme européenne de l'audit épargne la domination des Big Four

le 02/04/2014 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Les acteurs français s’attendent à une forte rotation des mandats d’intérêts publics dans les six ans à venir grâce au texte adopté aujourd'hui

La réforme de l’audit instaure une rotation obligatoire des cabinets tous les 10 ans, portée à 24 ans en cas de co-commissariat. Crédit Fotolia.

Le Parlement européen adoptera ce mercredi la réforme de l’audit en négociation depuis 2011. L’objectif initial affiché par la Commission était de réduire la domination des «Big Four» - Deloitte, EY, KPMG, PwC - et de s’attaquer aux conflits d’intérêts en interdisant certaines prestations ou en encadrant la combinaison de services d’audit et de conseil.

«En France, il y a peu de dispositions qui auront un impact réel. La liste noire des services interdits est plutôt une remise à niveau, d'ailleurs justifiée, pour certains autres pays européens. En revanche, les règles de rotation vont changer la donne», estime Eric Seyos, associé du cabinet BM&A.

L’accord trouvé en décembre introduit une «rotation obligatoire» des cabinets tous les 10 ans, mais la porte à 24 ans en cas de co-commissariat. A titre transitoire, le mandat pourra même être étendu de deux ans supplémentaires. «En 2014 une entreprise qui est dans un co-commissariat aux comptes depuis plus de 20 ans aura 6 ans pour se faire renouveler, ce qui signifie que d'ici à 2020 beaucoup de mandats vont changer de cabinet», explique Eric Seyos.

«Nous avons été entendus au sujet du co-commissariat aux comptes», explique Yves Nicolas, président de la Compagnie nationale des commissaires aux comptes, qui souligne toutefois que «la moitié des mandats d’intérêt public ne sont pas concernés par le co-commissariat». Lorsqu’un seul cabinet est désigné, le mandat ne pourra être prolongé au-delà de dix ans qu’après appel d’offres.

«Le cumul des appels d'offres et de la rotation risque d'entraîner une baisse des prix dangereuse pour la qualité», juge Eric Seyos, qui reconnaît toutefois que «certaines entreprises se plaignaient jusqu’à présent de souffrir d'un manque de choix». Au total, il table sur un marché plus actif pas tant au niveau des très grands comptes que sur le segment intermédiaire. «On peut présumer que parmi les dizaines de cabinets présents sur le SBF 250 nous assistions à des regroupements», dit-il.

Une évolution qui fait douter Yves Nicolas des vertus de la réforme. «On voulait améliorer la qualité, on ne fait que toucher au modèle économique des cabinets. Cette réforme risque d’aboutir finalement à une concentration du marché», dit-il. D’autant plus que le texte interdit à un cabinet de faire plus de 15% de son chiffre d’affaires avec un seul client pendant plus de trois ans d’affilée. Une disposition qui, assure-t-il, risque de bloquer les nouveaux entrants.

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