Londres s'attaque à l'oligopole des Big Four de l'audit

le 18/05/2011 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Les autorités jugent que le marché souffre de distorsions de concurrence. Elles vont engager des discussions jusqu'en juin avant de sévir

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Depuis plusieurs mois, le feu couvait dans le secteur de l’audit. L’Office of Fair Trading (OFT) britannique, un bureau du gouvernement chargé de veiller aux questions de concurrence outre-Manche, a franchi hier un palier en estimant que l’oligopole des Big Four «restreint ou empêche la concurrence en Grande-Bretagne». Le marché souffre de «barrières à l’entrée et au changement» des commissaires aux comptes.

L’OFT n’entend cependant pas sévir tout de suite. Favorable à une solution de marché, il va mener des tables rondes et des rencontres bilatérales avec toutes les parties intéressées en mai et juin. Ce n’est qu’ensuite qu’il décidera de transférer, ou non, le dossier à la Competition Commission, l’autorité antitrust indépendante. Cette prudence est aussi dictée par le calendrier international: la Commission européenne, qui a déjà publié un livre vert sur l’audit, devrait sortir dans l’année des propositions législatives pour accroître la concurrence sur un marché aujourd’hui mondialement dominé par PricewaterhouseCoopers, KPMG, Deloitte et Ernst & Young.

Le problème a été documenté en mars dans un rapport de l’OFT au Parlement britannique. L’autorité y notait que la «banque des quatre» a empoché 100% des commissions d’audit versées par les entreprises de l’indice FTSE 100 en 2009, PwC s’en attribuant 47% à lui seul. Sur le FTSE 250, la part de marché des Big Four atteint 98%. Les raisons de l’oligopole sont nombreuses et bien connues: changer de commissaire aux comptes coûte cher et ne rapporte rien à l’entreprise, le choix est trop souvent basé sur la réputation, les petits cabinets n’ont pas la taille ou la compétence suffisantes pour auditer des multinationales, et certaines clauses bancaires imposent à l’emprunteur d’être audité par un Big Four. Les régulateurs s’inquiètent aussi du risque systémique que pourrait poser la chute d’un grand cabinet, à l’image d’Arthur Andersen en 2002.

Pour y remédier, l’OFT suggérait plusieurs pistes, comme le co-commissariat obligatoire ou l’allègement des règles qui empêchent aujourd’hui des investisseurs extérieurs au secteur de devenir actionnaire majoritaire d’un cabinet. Ernst & Young s’est dit favorable hier à cette libéralisation, ainsi qu’à la fin des «clauses de Big Four» dans les contrats de prêts.

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