Nyse Euronext va s'unir à Deutsche Börse

le 10/02/2011 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Le rapprochement des deux Bourses créerait le numéro un mondial du secteur

En deux jours, le paysage boursier vient de connaître un mouvement de consolidation sans précédent depuis 2007. Nyse Euronext et Deutsche Börse ont annoncé hier être «en discussions avancées» dans le but de fusionner leurs activités, quelques heures après que le London Stock Exchange a officialisé son projet de rachat de la Bourse de Toronto. Le rapprochement de l’opérateur transatlantique et de son homologue allemand s’annonce cependant comme un événement sans commune mesure avec l’alliance anglo-canadienne.

Nyse Euronext et Deutsche Börse (DB) envisagent de combiner leurs activités au sein d’une société de droit néerlandais, dans le cadre d’une transaction 100% en cash. Ce qui donnerait aux actionnaires de la Bourse allemande entre 59 et 60% de la nouvelle entité, contre 40 à 41% pour ceux de Nyse Euronext. Avant la suspension de son cours (qui bondissait de 18% à New York), la capitalisation boursière de Nyse Euronext s’élevait en effet à 6,3 milliards d’euros, contre 11,3 milliards pour Deutsche Börse.

En termes de gouvernance, Reto Francioni (DB) présiderait la nouvelle entité, tandis que Duncan Niderauer (Nyse Euronext) en serait le directeur général. Un comité exécutif constitué à parité de représentants des deux groupes sera mis sur pied. Pour ménager les susceptibilités, le groupe compterait deux sièges, l’un à New York, l’autre à Francfort. De bonne source, Dominique Cerutti et Roland Bellegarde devraient conserver leurs fonctions. Paris resterait par ailleurs le siège européen du groupe pour le cash actions. Et c'est Deutsche Börse qui migrerait sur le système informatique (UTP) de son partenaire. 

Une telle union accoucherait d’un mastodonte, numéro un aux Etats-Unis et en Europe sur les marchés cash et dérivés listés, non sans recoupements (Eurex et Liffe). Outre-Atlantique, le rapprochement d’ISE, de Nyse Arca et Nyse Amex créerait un acteur dominant dans les options. En termes de part de marché sur l’ensemble des places européennes, le nouvel ensemble dépasserait le LSE avec 24% des volumes traités à fin décembre 2010, contre 20,5% pour la Bourse britannique selon Thomson Reuters. Des chiffres qui ne prennent pas en compte le gré à gré et ne posent, a priori, pas de problème de concurrence. Et le groupe aura désormais le modèle en silo de Deustche Börse, celle-ci lui apportant les activités de post-marché de Clearstream au moment où, en Europe, Nyse Euronext s’interroge sur ses liens avec LCH.Clearnet et sur l’opportunité de développer cette activité en interne.

Les deux groupes attendent de leur union 300 millions d’euros de synergies, en particulier sur les dépenses informatiques et le post-marché. En 2010, Nyse Euronext a réalisé 577 millions de dollars (430 millions d’euros) de résultat net, tandis que Deutsche Börse a engrangé 479 millions sur neuf mois.

Le projet soulève de nombreuses questions. Nationales et politiques, tout d’abord: celles-ci avaient empêché tout rapprochement entre Deutsche Börse et Euronext en 2006 avant le rachat de ce dernier par le Nyse. Mais depuis, le paysage du cash actions européen a été bouleversé par la directive MIF, synonyme de fragmentation, de montée en puissance des places alternatives (MTF, systèmes internes) et du gré à gré. Dès lors, la capacité du nouveau groupe à freiner la baisse des commissions d’exécution sera aussi scrutée de près par les opérateurs de marché. Enfin, ce projet et celui du LSE relancent la spéculation sur les autres opérateurs classiques, tels le Nasdaq et le CBOE.

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