Le protectionnisme financier gagne du terrain

le 09/11/2010 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Le Canada envisage de durcir les règles des investissements étrangers dans le pays

Le Canada joue la carte du protectionnisme financier. Après avoir jugé la semaine dernière que l’offre de rachat du géant local de l’engrais Potash par le groupe anglo-australien BHP Billiton n’offrait pas de «bénéfice net» à l’économie, le gouvernement d’Ottawa envisage de durcir ses règles de contrôle et de transparence sur les investissements étrangers dans le pays. Une attitude qui confirme la multiplication des réflexes protectionnistes, notamment dans la sphère anglo-saxonne, en matière de fusions et acquisitions transfrontières.

Selon des propos tenus dans le Financial Times par le ministre de l’industrie, Tony Clement, le projet de loi canadien n’est pas directement lié à l’offre de BHP. Mais l’Etat souhaite profiter de cette expérience pour exiger que, pour toute offre supérieure à 299 millions de dollars canadiens (298 millions de dollars américains), les acquéreurs potentiels étrangers détaillent publiquement les avantages que le pays pourrait retirer de l’opération en termes d’emploi, d’investissements locaux, de transferts de technologie et de concurrence. Le seuil serait même inférieur pour les sociétés issues de pays non membres de l’Organisation mondiale du commerce.

Il s’agit là d’une revirement spectaculaire quand on sait qu’avant le rejet des ambitions de BHP, le Canada ne s’était opposé qu’à une seule offre de rachat sur les 1.600 passées au crible depuis la promulgation, dans le milieu des années 1980, de l’Investment Canada Act. Ce dernier prévoit qu’une OPA étrangère doit procurer un avantage net pour le pays. Mais le contexte a beaucoup changé depuis la crise, et les réflexes protectionnistes se sont multipliés depuis quelques mois.

Le secteur des matières premières concentre cette nouvelle forme de protectionnisme financier. Le président du géant minier Rio Tinto, Jan Du Plessis, indiquait en août dernier que «la protection des ressources est devenue un enjeu majeur dans les discussions géopolitiques». La hausse des prix, provoquée par la forte demande provenant de Chine, d’Inde et du Brésil, et la position dominante de certains producteurs – Potash contrôle 20% des réserves mondiales de potasse – l’expliquent. Dans un autre dossier emblématique, les terres rares, cette famille de métaux utilisés dans les industries de pointe telles que les moteurs hybrides et dont l’approvisionnement mondial est assuré à plus de 90% par la Chine, provoquent des tensions croissantes entre Pékin et ses partenaires.

Ce regain de protectionnisme risque de peser sur les volumes de M&A transfrontières. Et pas seulement dans le secteur minier. En Australie, par exemple, plusieurs responsables politiques ont fait part de leurs réticences après que la Bourse de Singapour a lancé en octobre une offre d’achat de 8,3 milliards de dollars sur son homologue australienne. En Grande-Bretagne, le Takeover Panel a publié de nouvelles règles afin de rendre plus difficiles les offres hostiles sur les sociétés cotées, en raccourcissant par exemple à quatre semaines le délai laissé à un prédateur potentiel pour préciser ses intentions. Une réponse au rachat du britannique Cadbury par l’Américain Kraft, qui a fait grincer des dents outre-Manche.

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