Soutenir la Place

le 06/07/2017 L'AGEFI Hebdo

Soutenir la Place
(Pierre Chiquelin)

Pendant des années, avant même que la finance devienne « l’ennemie » de l’exécutif, la Place de Paris a dû lutter seule contre des vents de plus en plus contraires. Dans le sillage de la crise, les arbitrages défavorables, fiscaux et sociaux, se sont additionnés, et les prélèvements accumulés pour faire payer au secteur financier les dégâts que ses errements, réels ou supposés, ont infligés à l’économie. Le fait que la responsabilité de la finance française ait été très marginale n’a rien changé au postulat : il fallait qu’elle payât, et elle a payé alors qu’augmentaient parallèlement les exigences de solvabilité et de liquidité imposées par les régulateurs internationaux, tout au respect de leur mot d’ordre : « Plus jamais ça ». Cette période semble enfin toucher à sa fin. La grande vague de régulation est pour l’essentiel passée. En France, l’exécutif comme le législatif affichent des intentions plus amicales à l’égard de l’entreprise, finance comprise. Enfin le Brexit est venu soudain rouvrir le jeu. Emmanuel Macron et son gouvernement doivent saisir cette occasion en soutenant vigoureusement la Place.

Celle-ci le mérite pour au moins deux raisons. D’abord, elle sort de cette période en meilleur état qu’aucune de ses rivales européennes. Forte de cinq grandes banques, d’un assureur et d’un réassureur majeur, d’une Bourse importante, d’une gestion d’actifs solide, de fintech ambitieuses et même d’une industrie du capital-investissement en plein renouveau, sa base financière est suffisante pour fédérer autour d’elle une part importante de l’industrie européenne. Des instances de régulation résilientes, des infrastructures en pleine mise à niveau avec le projet du Grand Paris, des talents financiers reconnus dans le monde sont autant d’atouts supplémentaires. Ensuite, la Place a su prendre les devants pour préparer le Brexit, en portant partout son message et en promouvant des initiatives, comme « Frog » dans la gestion, capables de compenser en partie ses handicaps structurels (lire le Dossier). Si la présence de la BCE à Francfort donne à la place allemande un avantage évident, l’ambition de Paris de s’ériger en capitale des marchés a su s’affirmer au cours des années difficiles. La présence à Paris d’une Esma, le régulateur européen des marchés, aux pouvoirs renforcés va dans ce sens.

C’est à l’Etat de consacrer cette position par ses choix. Alléger le coût social et fiscal pour les acteurs susceptibles de traverser la Manche est prioritaire. S’il faudra beaucoup de courage pour rendre, à la face de l’opinion, des arbitrages enfin favorables à la finance et pour s’y tenir, la partie, par l’effet d’entraînement dont cette industrie est capable, mérite d’être engagée et gagnée. Les pays qui, en Europe, jouent leurs cartes avec résolution, sans parler de Londres qui bataille pour défendre la City, l’ont compris : il n’y aura pas de métropole au 21e siècle sans finance. Il est plus que temps d’en tirer les conséquences.

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