Bourse, gare au faux rebond !

le 16/03/2017 L'AGEFI Hebdo

Bourse, gare au faux rebond !
(Pierre Chiquelin)

Les professionnels de la Bourse, comme les amateurs de rugby, aiment les « fondamentaux ». Ces données sous-jacentes sont censées, au-delà des péripéties d’un match ou d’une séance, imposer finalement leur logique aux joueurs. Or malgré ses règles étranges et son ballon capricieux, on peut affirmer que les faux rebonds dont le rugby est plein influent moins sur le score final que ceux qui émaillent la vie de la cote. Contrairement au score qui ne dépend que des équipes en présence, le niveau des indices résulte de paramètres multiples dont les perspectives de résultats et de taux d’intérêt ne sont que les plus importants. La psychologie joue aussi, parfois nourrie de facteurs géopolitiques qui tendent aujourd’hui à être surpondérés. L’Europe boursière en fait une nouvelle fois l’expérience (lire L'Evénement).

Ses fondamentaux y décrivent un paysage où les éclaircies promettent de tourner au grand beau et de justifier un rattrapage par rapport à la Bourse américaine. Après des années de lutte contre la déflation, la BCE vient de sonner l’heure de la victoire. La bataille pour une reflation maîtrisée n’est pas terminée, mais la sortie de l’ère des taux négatifs est bien engagée ; le redressement de la courbe des taux témoigne d’une reprise de l’activité dont tous les secteurs, au-delà de la seule finance, devraient bénéficier. Si la BCE parvient à piloter une remontée maîtrisée des taux, et une sortie en bon ordre de l’assouplissement quantitatif, les Bourses européennes devraient trouver dans cette dynamique un moteur puissant, surtout si la reprise qui s’affermit se retrouve dans les résultats des entreprises. Du fait de l’effort consenti au cours de l’interminable période de « serrage de boulons » dont elles émergent à peine, les sociétés cotées devraient bénéficier d’un levier de profitabilité, longtemps différé mais cette fois bien en vue. Les marges, toujours à des niveaux historiquement faibles, pourraient en se redressant valoir aux indices un parcours flatteur et des ratios cours/bénéfices plus en rapport avec ceux qui prévalent outre-Atlantique.

Voilà pour la théorie. Mais les marchés européens demeurent sous une double menace politique. La première tient à la multiplicité des rendez-vous électoraux qui jalonnent leur agenda en 2017. Jusqu’à présent, le projet européen, malmené partout, demeure bien vivant, Royaume-Uni excepté. Sa défaite dans un pays signataire du Traité de Rome, Pays-Bas, France ou Allemagne, aurait bien sûr une portée considérable qui ne manquerait pas d’assombrir l’horizon de ses marchés. L’autre menace tient au pari gigantesque pris par les investisseurs sur la relance promise par Donald Trump. Une déception quant à son ampleur ou à ses effets ne serait pas ressentie qu’à Wall Street. L’Europe boursière en pâtirait aussi, preuve que sa dépendance vis-à-vis du marché dominant reste un fait frustrant mais incontestable qui justifierait une réflexion politique, au niveau de l’Union comme de la zone euro.

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