Entretien avec... Farhad Moshiri, analyste valeurs financières chez AlphaValue

« Euronext n’a pas dit adieu à LCH SA »

le 09/03/2017 L'AGEFI Hebdo

« Euronext n’a pas dit adieu à LCH SA »

 Quelle est votre vision d’analyste sur le secteur européen des opérateurs boursiers ?

Euronext est la seule valeur que nous couvrons que nous conseillons à l’achat, avec un objectif de cours de 52,5 euros représentant un potentiel de hausse voisin de 25 %. Ce potentiel est minime pour le LSE (recommandation « accumuler »), l’espagnol BME (« neutre ») et Deutsche Börse (« réduire »). Le titre Euronext est le moins cher en termes de capitalisation des bénéfices, à 14 fois le résultat 2017, contre 16 pour le groupe espagnol, 18 pour l’allemand et 30 pour le britannique. Ce dernier bénéficie de son dynamisme et de ses succès en termes de croissance externe et de projets technologiques, sur toute la chaîne de valeur. Le LSE a bien saisi les enjeux réglementaires avec son modèle ouvert. D’où, en contrepartie, un impact sur le taux de distribution des résultats, voisin de 40 %, tout de même comparable à celui de Deutsche Börse, quand Euronext est à 50 % et BME proche de 100 %. Le dividende constitue bien un argument d’intérêt pour le secteur.

Qu’attendez-vous donc d’Euronext pour une meilleure valorisation ?

Le plan stratégique 2015/2019 est relativement conservateur. Sur les coûts, le groupe avance vite, en témoigne l’indicateur clé de marge d’Ebitda, avec déjà deux tiers des économies visées engrangées à fin 2016. Ce que le marché attend vraiment, c’est une opération transformante dans le post-marché afin de compléter l’expertise. Euronext pourrait la financer avec du cash et de la dette, aujourd’hui absente. Celle-ci pourrait raisonnablement grimper jusqu’à 4,5 fois l’Ebitda, soit 1,2 milliard d’euros. Le rachat envisagé de LCH SA auprès du LSE permettrait de faire un bout du chemin. Tout en renforçant le bénéfice par action de 17 % un an après finalisation grâce à un financement sans titre.

Cette opération n’est-elle pas conditionnée par l’union entre le vendeur et Deutsche Börse ?

Si structurellement, à long terme, l’échec de ce mariage constitue une bonne nouvelle pour Euronext, à court terme, il remet certes en cause le rachat de la chambre de compensation continentale du LSE. Mais Euronext n’a pas dit adieu à LCH SA : l’opérateur contribue fortement aux revenus de la chambre, et l’accord opérationnel qui les lie s’achève fin 2018. Le LSE pourrait trouver intérêt à céder à bon prix. Et si d’aventure, le LSE était racheté, l’acquéreur pourrait se séparer de certains actifs, comme LCH SA. L’américain ICE par exemple pourrait accorder bien plus de valeur à LCH US ou à Russell dans les indices.

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