Le révélateur italien

le 08/12/2016 L'AGEFI Hebdo

Le révélateur italien
(Pierre Chiquelin)

Voilà au moins un résultat que les marchés financiers avaient anticipé. A la différence du vote britannique sur le Brexit et de la victoire de Donald Trump à l’élection présidentielle américaine, le « non » italien à la réforme constitutionnelle portée par le Premier ministre Matteo Renzi replace au cœur des préoccupations un problème ancien et parfaitement identifié : la faiblesse structurelle des banques locales (lire L’Evénement). Les maux qui accablent la majorité des prêteurs de la péninsule se lisent dans des cours boursiers déprimés et dans un stock de créances douteuses le plus élevé d’Europe. La faillite d’une partie du système tient pour beaucoup à l’incurie des dirigeants bancaires et à la complicité du pouvoir politique qui a profité, des décennies durant, des largesses d’établissements tels que Monte dei Paschi. Tandis que l’Espagne mettait sa fierté dans sa poche pour nettoyer ses banques avec le soutien financier de ses partenaires européens, l’Italie a laissé pourrir la situation. Sa gravité exige désormais un plan de restructuration radical qui passe par l’application de la réforme sur les faillites, nécessaire à la purge des bilans, par la recapitalisation des prêteurs sains et par la liquidation des canards boiteux.

Tout le système de gestion des crises mis en place dans l’Union bancaire se trouve ici mis à l’épreuve. A l’exception d’UniCredit, les investisseurs privés ne sont plus disposés aujourd’hui à financer à fonds perdus les besoins en capitaux des banques locales, a fortiori dans cette période d’instabilité politique. Mais la mise en œuvre des nouvelles règles européennes sur le bail-in applicables depuis le 1er janvier 2016 et qui prévoient de faire payer les créanciers privés avant toute injection de fonds publics s’avère explosive dans un pays où près du tiers de la dette bancaire est aux mains de particuliers.

Il reste à l’Italie une porte de sortie qu’elle s’est pour l’instant refusé à ouvrir : invoquer les circonstances exceptionnelles et les menaces à la stabilité financière pour renflouer de manière transitoire ses banques en dérogeant au désormais sacro-saint principe du bail-in. La lettre des textes européens l’y autorise, sous de strictes conditions ; mais l’on voit combien souffrirait l’esprit des nouvelles règles, dont l’objet est précisément de préserver le contribuable et de mettre fin à l’aléa moral qui bénéficiait avant la crise financière de 2007 aux créanciers des banques. Au nom du principe de réalité, Rome et ses partenaires, sous l’œil du superviseur européen, semblent condamnés à faire plier sans le rompre ce régime de résolution bancaire jamais appliqué encore et dont la crédibilité suscite le doute des professionnels de la finance (lire notre Dossier). D’où l’idée qui circule aujourd’hui de rembourser a posteriori les petits porteurs des dettes converties en capital. C’est au prix d’un accommodement très politique avec ses propres règles que l’Europe pourrait préserver la stabilité du secteur bancaire italien et de la zone euro.

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