L’invité de L’Agefi... Arnaud Berger, directeur du développement durable du Groupe BPCE

2016, an 7 de la transition énergétique

le 27/10/2016 L'AGEFI Hebdo

Dans la compétition économique à l’œuvre sur les sujets climatiques, le choix du modèle bancaire sera déterminant.

Arnaud Berger, directeur du développement durable du Groupe BPCE
Arnaud Berger, directeur du développement durable du Groupe BPCE

L’accord de Paris signé le 22 avril 2016 a balayé 20 ans d’échecs des précédents sommets du climat. Cet accord place subitement la finance comme l’acteur essentiel permettant de traduire en actes l’engagement des Etats. Pourquoi cette rupture ? Parce que depuis 2009, la question du climat cache un mouvement de bascule entre une baisse de rentabilité de la filière pétrolière et la montée en rentabilité des énergies renouvelables et de l’efficacité énergétique. Depuis cette date s’ouvre une compétition économique sur les sujets climatiques dans laquelle le choix du modèle bancaire (approche anglo-saxonne versus banque universelle européenne) sera déterminant pour atteindre les objectifs d’investissements, d’emploi et de cohérences territoriales.

La transition énergétique est en marche. En France, 36 milliards d’euros annuels sont investis dans les secteurs de la rénovation thermique et de l’efficacité énergétique, dont près de deux tiers (21 milliards d’euros par an) sont réalisés dans les régions et mis en œuvre par des artisans et des PME. Les régions sont donc les véritables moteurs de la transition énergétique. Elles sont aussi des gisements d’emploi : en France, les TPE/PME locales génèrent 80 % du PIB national, créent de l’emploi net et sont porteuses d’innovation. Cela est aussi vrai pour le territoire européen où les PME représentent 99 % du tissu économique.

Ce marché en plein essor doit être organisé et nécessite une coordination entre les pouvoirs publics, les banques, les PME et les collectivités locales. Cette organisation doit se faire rapidement, avant que les investisseurs étrangers s’engouffrent dans la brèche et monopolisent le marché des filières vertes, de plus en plus rentables comparé aux filières d’énergie traditionnelles. L’enjeu est donc de redonner de la visibilité aux PME et aux régions, et de générer, dans ce tissu local, suffisamment d’activité pour proposer une offre complémentaire à celle des grands groupes, dans une logique de filière.

Depuis la COP de Copenhague en 2009, la dimension internationale des négociations sur le climat pousse à mettre en avant les outils de marché, comme les green bonds, qui s’ajoutent aux outils historiques, les prêts bancaires. Cette tendance de massification du marché est confirmée par de nombreux rapports sur le financement de la croissance verte. Un déséquilibre se creuse, en France, comme en Europe, entre le fonctionnement du marché de la transition énergétique, et la réalité des acteurs. Ce déséquilibre est nourri par les contradictions suivantes :

-Les outils de marchés (green bonds, tiers-financement, CPE-PPP…) sont privilégiés dans une optique de mobilisation rapide et importante de capitaux. Or ces outils ne sont pas adaptés aux PME mais davantage aux projets « corporate ».

-De la même manière, le recours aux appels d’offres dans les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique complique l’accès aux PME.

-La question de la fiabilisation des marchés de la croissance verte n’est pas structurée en France et peu en Europe. On constate un défaut d’assurance à la fois pour sécuriser les équipements verts (comme les assurances de résultats dans les travaux d’efficacité énergétique) et assurer l’activité des professionnels.

-Une mauvaise visibilité du marché et des acteurs de la croissance verte rend difficile la perception du potentiel des banques et des assurances dans cette filière.

Alors que l’impulsion est actuellement donnée aux grands projets corporate financés par des outils innovants – de type green bonds –, permettant de massifier le marché, il apparaît plus que nécessaire de saisir l’opportunité du marché retail des PME, insuffisamment exploité. Dans cette perspective, il appartient aux banques de se faire entendre. Le Groupe BPCE est engagé dans des travaux de place portant notamment sur l’étude d’un verdissement des ratios prudentiels en France pour adapter l’activité des banques françaises dans un contexte de nouvelles règles prudentielles et obligations discutées aux niveaux international et européen pour accélérer le financement de la transition énergétique.

Les régions sont les véritables moteurs et des gisements d’emploi

Sur le même sujet

A lire aussi