Comme une eau qui dort

le 25/08/2016 L'AGEFI Hebdo

Comme une eau qui dort
(Pierre Chiquelin)

Les marchés prennent souvent un malin plaisir à tromper les attentes les mieux justifiées et ce fut encore le cas cet été. Aucune crise internationale, aucun choc économique majeur, aucune déception significative sur les résultats des entreprises n’a déclenché ces dernières semaines une agitation particulière ni même un ajustement des cours (lire L’Evénement). Au contraire, Wall Street a signé une belle performance ; et si les indices boursiers européens, affaiblis par des sorties de capitaux post-Brexit, sont moins élevés et en retrait sensible par rapport au début de l’année, leur sous-valorisation n’est que relative et pas hors de proportion avec les classiques critères d’évaluation. Au surplus, la volatilité, réelle ou implicite, est tombée à des niveaux très faibles, rarement vus même sur une longue période. Reste à savoir s’il s’agit ou pas, comme ce fut souvent le cas dans le passé, d’un calme plat précédant la tempête.

Les chocs externes étant toujours possibles, en exclure une soudaine serait bien sûr hasardeux. Pour autant, côté valorisation, les multiples, quoiqu’élevés aux Etats-Unis, ne sont pas non plus à des niveaux critiques. Si elle pose un problème à long terme, dans la mesure où elle réduit la propension à investir, la croissance des dividendes et des rachats d’actions, surtout outre-Atlantique, va continuer de soutenir les cours dans le proche avenir. Surtout, la politique ultra-accommodante des banques centrales domine toujours sans partage les raisonnements des investisseurs. C’est vrai en Europe, où les perspectives demeurent plutôt à l’assouplissement ; et cela reste vrai aux Etats-Unis où l’inflexion de la politique monétaire n’en est qu’à ses débuts. Un léger resserrement des taux y est sans doute à prévoir pour les prochains mois mais les composantes de la croissance sont telles qu’un mouvement résolu de retour vers des conditions monétaires « normales » peut être exclu. Dans ces conditions, le calme apparent des marchés tient avant tout de l’anesthésie.

Or celle-ci n’est pas près de prendre fin. Comme les banquiers centraux réunis en cette fin de semaine à Jackson Hole devraient le constater, l’exceptionnel en matière monétaire se mue bon gré mal gré en durable, pour ne pas dire en structurel. Le recul historique et mondial de l’inflation, des taux ou de la productivité est toujours à l’œuvre et commande une approche nouvelle des banquiers centraux. Mais sous l’eau qui dort, les dangers se précisent. La santé du système financier est l’un des plus urgents. Les résultats des banques, fruits d’une activité fuyante et d’une profitabilité déclinante, en ont encore témoigné cet été. Lentement mais sûrement, la conjoncture monétaire sape leur résilience, avant d’attaquer celle des assureurs. Là se trouve un écueil qui émerge peu à peu et dont les régulateurs de la finance mondiale doivent clairement expliquer comment ils entendent le contourner.

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