Le « cash management » à l’ère du numérique

le 25/08/2016 L'AGEFI Hebdo

La « digitalisation » des métiers de la trésorerie a entraîné une montée en compétences au sein des équipes.

Le « cash management » à l’ère du numérique
(Fotolia)

L’automatisation des flux et le déploiement des logiciels de trésorerie ont conduit les professionnels du cash management à opérer une profonde transformation ces dix dernières années. « Les trésoriers passent désormais à peu près 80 % de leur temps à utiliser des moyens ‘digitaux’ », confirme Jacques Molgo, directeur trésorerie et financement d’Air Liquide. Cette évolution profonde, source de gains de productivité, a eu pour corollaire d’augmenter le niveau d’exigences en matière de recrutement. « Lorsque j’ai commencé dans ce métier il y a 20 ans, une bonne partie des équipes de ‘cash management’ et back-office était composée de collaborateurs qui avaient appris sur le tas, sans avoir fait d’études supérieures poussées, se souvient Jacques Molgo. Aujourd’hui, les recrutements se font rarement à moins de bac +4 ou +5 dans les écoles de commerce, les masters 2 en finance et gestion, et dans les trois masters 2 dédiés à la trésorerie. » Ces formations au métier du cash management ont adapté leur offre afin de préparer leurs diplômés à ces nouvelles pratiques. « Dans notre master, nous consacrons 30 % de nos cours à l’automatisation et à la ‘digitalisation’, avec un enseignement qui est assuré par des professionnels et des éditeurs de logiciels de trésorerie qui viennent présenter leurs solutions », confie Marc Gaugain, responsable pédagogique du master finance trésorerie de l’IGR-IAE de Rennes. Des jeunes diplômés qui n’ont d’ailleurs aucune difficulté à décrocher un premier emploi. « Les trois masters ne produisant chaque année qu’une soixantaine de diplômés, il y a dans les métiers de la trésorerie une vraie pénurie de talents, observe Hervé Postic, professeur au master trésorerie d’entreprise de l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. En général, nos diplômés sont placés en moins de trois mois. Cette année, nous avons même une étudiante qui a été recrutée avant la fin de son apprentissage. »

L’automatisation et l’apparition de nouveaux enjeux comme la « digitalisation » des moyens de paiement ont amené les trésoriers à attirer de nouveaux profils. « Nos derniers recrutements portaient sur des collaborateurs qui avaient une expertise dans l’e-commerce et les paiements ‘digitaux’, confirme Pierre Boisselier, directeur de la trésorerie, des financements et du credit management d’Accor Hôtels. Nous sommes allés les chercher dans les entreprises confrontées à des problématiques identiques aux nôtres, chez les fournisseurs de solutions et dans les réseaux de cartes bancaires. » « Il est compliqué de trouver sur le marché des candidats avec un ou deux ans d’expérience qui combinent des compétences en finance et monétique, avec une fibre informatique qui leur permet de comprendre les consultants des éditeurs avec qui ils sont amenés à travailler sur les projets informatiques », complète Franz Zurenger, le trésorier d’Interparfums, un groupe spécialisé dans la conception, la fabrication et la distribution de parfums pour de grandes marques du luxe.

Augmentation

Cette tension sur le marché du recrutement de ces nouveaux profils s’est logiquement traduite par une augmentation des rémunérations. « La concurrence directe avec les banques, qui cherchent elles aussi à les attirer, nous oblige à leur offrir de bons salaires, explique Franz Zurenger. Un jeune diplômé qui affiche deux à trois ans d’expérience via son apprentissage peut négocier un salaire brut compris entre 45.000 et 50.000 euros annuel. Et au bout de cinq ans, gagner jusqu’à 60.000 ou 70.000 euros. » Les niveaux de rémunération sont un peu inférieurs pour les profils de trésoriers plus classiques. « Les étudiants sortis de notre promotion en octobre dernier ont été recrutés à 34.500 euros brut en moyenne, hors primes », indique Marc Gaugain.

Les métiers du cash management ont toujours eu une propension à se nourrir d’ expertises venues d’ailleurs. Une étude réalisée par Michael Page montre que seulement 59 % des trésoriers d’entreprise évoluaient dans cet univers dans leur fonction précédente. 12 % travaillait dans la comptabilité, 5 % dans le contrôle de gestion. Les autres sont des transfuges de l’audit externe et interne, de l’analyse financière, de l’asset management... Chargé de trésorerie chez Allianz Investment Management, Laurent Azeroual a rejoint les métiers de la trésorerie en 2014, après un parcours qui ne le prédisposait pas vraiment à ce type de fonction. « Après mon DESS en statistiques appliquées à l’économétrie, j’ai été recruté par le groupe Allianz pour faire de la tarification en prévoyance, raconte Laurent Azeroual. J’ai ensuite rejoint AIM où j’ai travaillé sur la gestion actif-passif. Lorsque le groupe m’a proposé ce poste de chargé de trésorerie, j’ai saisi cette opportunité d’évolution afin de découvrir un nouveau métier où il me semblait que j’aurais plus de contacts avec les autres directions du groupe, la prévision de trésorerie occupant une position centrale entre l’actif et le passif. »

Atypique

Analyste monétique à la trésorerie du groupe Accor Hôtels, Thomas Bertrand, 27 ans, a, lui, été recruté en janvier dernier après un parcours encore plus atypique. « Après l’obtention de mon diplôme à l’ESCAET (Ecole de commerce et d’administration des entreprises du tourisme), j’ai travaillé chez Hotel Solutions Group, une filiale de Carlson Wagon Lits, BCD Travel et American Express. Lorsque mon manager actuel m’a contacté sur LinkedIn, j’ai été surpris. » Car si la perspective de rejoindre l’un des leaders de l’industrie du tourisme était de l’ordre de l’évidence, le fait d’évoluer comme analyste monétique dans une trésorerie l’était un peu moins. « Je me suis rendu compte que cette proposition de poste faisait écho à mon expérience chez American Express, et que l’on ne me recrutait pas pour effectuer uniquement des missions en trésorerie, mais pour plancher sur des projets monétiques. J’ai donc accepté le défi, explique Thomas Bertrand qui ne regrette pas ce choix de carrière. « Mon travail consiste à gérer la relation commerciale et les contrats avec les acteurs de la sphère monétique. On m’a aussi confié la mise en place d’un outil et de nouveaux process afin d’optimiser le recouvrement des impayés dans les hôtels. »

Pour exercer son métier, il faut, d’après Thomas Bertrand, un esprit structuré, rigoureux et flexible. « Dans une même journée, je peux enchaîner une conférence téléphonique avec un responsable de Paypal pour discuter contrat ou tarification, et une réunion interne avec l’équipe responsable de la fraude afin d’évoquer l’optimisation de la gestion des impayés. » Pour Franz Zurenger, le trésorier doit aussi être résistant au stress et faire preuve de diplomatie et de stratégie. « J’exerce un métier passionnant, qui évolue en permanence, et qui implique de toujours remettre en question les décisions stratégiques que l’on a pu prendre. » Franz Zurenger ne s’imagine pas évoluer dans un autre univers. « La prochaine étape pour moi pourrait être la direction d’une trésorerie dans une entreprise de taille plus importante, ou devenir directeur administratif et financier, en sachant que ce type d’évolution reste très rare. L’autre hypothèse serait de changer de secteur d’activités car si les outils utilisés par les trésoriers sont partout les mêmes, les problématiques changent. »

Jacques Molgo, directeur trésorerie et financement d’Air Liquide
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Jacques Molgo, directeur trésorerie et financement d’Air Liquide
Hervé Postic, professeur au Master trésorerie d’entreprise de l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne
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Hervé Postic, professeur au Master trésorerie d’entreprise de l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne
Franz Zurenger, trésorier d’Interparfums
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Franz Zurenger, trésorier d’Interparfums
Laurent Azeroual, chargé de trésorerie chez AIM
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Laurent Azeroual, chargé de trésorerie chez AIM

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