L’HOMME CLE... Nicolas Dufourcq, directeur général de Bpifrance

« Bpifrance atteindra son rythme de croisière dès 2017 »

le 25/08/2016 L'AGEFI Hebdo

« Bpifrance atteindra son rythme de croisière dès 2017 »
(Photo Pierre Chiquelin)

Alors qu’approche la fin de son mandat, François Hollande peut porter à son crédit la création d’une banque publique d’investissement : une des promesses de campagne du président de la République (L’Agefi Hebdo, 16 février 2012). « Avec Bpifrance, les entreprises disposent aujourd’hui d’une banque simple, réactive, constituant un interlocuteur unique pour leur développement », se félicite son directeur général Nicolas Dufourcq. Depuis sa création en 2012, Bpifrance a ainsi injecté avec les banques et ses partenaires 140 milliards d’euros dans l’économie réelle (52 milliards pour la banque publique).
 

« N’oublions pas qu’il s’agit d’une longue et belle histoire française : la structure actuelle est en fait le fruit d’un ‘build-up’ initié il y a 90 ans (voir l’illustration, NDLR), et cela se poursuit avec Coface », rappelle le dirigeant qui a piloté dès sa nomination en 2013 le rapprochement entre Oséo, le FSI et CDC Entreprises. L’activité de garanties publiques à l’export de Coface, qui sera formellement intégrée à Bpifrance le 1er janvier 2017, engendrera le transfert de 240 salariés au sein d’une filiale créée pour l’occasion, Bpifrance Assurance Export. « Cette activité était surtout orientée vers les grands groupes (à hauteur de quelque 90 %), explique Nicolas Dufourcq. Nous allons développer cet outil auprès d’entreprises de plus petite taille, qui doivent inévitablement se projeter à l’international pour croître. » Avec ce nouvel apport, la banque publique, qui comptera 2.500 salariés, aura, selon lui, atteint sa taille critique.

Dans le cadre du plan stratégique, réactualisé chaque année, la projection de Bpifrance à horizon 2019 n’a pas vocation à changer sur le plan du financement. « Nous allons stabiliser nos interventions aux niveaux actuels », indique Nicolas Dufourcq. En 2015, 8 milliards d’euros de garanties et 13 milliards de crédits et aides ont été accordés ; 1,5 milliard d’euros de fonds propres ont été mobilisés dans le capital-investissement, contre 1,3 milliard de financement dans l’innovation. Toutefois, certaines lignes vont bouger : « Le crédit-bail, dont l’offre se révèle importante sur le marché français, va être réduit de quelques centaines de millions d’euros (1,1 milliard d’euros en 2015, NDLR). Inversement, le financement acheteur à l’export, qui devrait atteindre 150 millions d’euros en 2016, devrait croître progressivement à 500 millions d’ici 2019. Notre offre de financement énergétique est appelée à suivre une pente ascendante, de même que les prêts sans garantie : de 2 milliards anticipés en 2016, ils devraient avoisiner les 2,2 milliards dans les trois années », projette le directeur général de Bpifrance.

Croissance en 2016

Cette année 2016 s’annonce dynamique. Les comptes semestriels de Bpifrance seront dévoilés le 15 septembre. « Sur les six premiers mois, les volumes de crédits devraient croître de 11 %, contre une hausse de 15 % sur la même période de 2015, annonce Nicolas Dufourcq. L’exercice 2016 sera une nouvelle année de croissance pour Bpifrance. Dès 2017, la situation va se stabiliser, nous atteindrons notre rythme de croisière. » Au-delà du financement, la banque publique va mettre l’accent sur l’accompagnement des entreprises, qui se retrouvent « souvent seules techniquement ». « Les missions de conseil, dont 1.000 seront réalisées en 2016 par Bpifrance en partenariat avec des cabinets locaux indépendants, feront plus que doubler à partir de 2017 », prévoit ce collectionneur de violons et grand amateur de musique électronique.

Une offre qui s’appuiera également sur les accélérateurs mis en place par Bpifrance et dont bénéficient aujourd’hui 250 entreprises (55 start-up, 140 petites et moyennes entreprises et 55 entreprises de taille intermédiaire). « Il s’agit d’un campus virtuel leur permettant de se comparer aux autres, d’être coachées par un mentor et d’appréhender des problématiques clés tels que le ‘big data’ », explique Nicolas Dufourcq. « Nous avons par ailleurs créé des ‘hubs’ mettant en contact régulier starts-up et grands groupes. Ce que Viva Tech (salon mondial de start-up, NDLR) a fait en deux jours à grande échelle, nous le faisons au quotidien pour nos clients », poursuit le dirigeant multi-diplômé. Après des études à HEC, période durant laquelle il créera cinq start-up dans des domaines aussi divers que la plasturgie ou la publicité, il sort de l’ENA par la grande porte en étant nommé en 1988 inspecteur des finances. Passé également par l’Institut d’études politiques de Paris et l’Ecole du Louvre, il intégrera en 1993 France Télécom avec une idée en tête : « m’occuper de l’internet ». Il dirigera ainsi Wanadoo jusque 2003 avant de rejoindre Cap Gemini, dont le créateur, Serge Kampf (récemment décédé), deviendra son mentor. « L’objectif de Bpifrance est de soutenir ceux qui ont des ambitions, de financer les Serge Kampf d’aujourd’hui », estime Nicolas Dufourcq.

Cela commence dès les tous premiers stades, auprès des TPE (très petites entreprises) : « Ces sociétés de deux à trois salariés ont généralement une vitalité incroyable. Ce sont elles qui sont appelées à recruter dans le futur », juge-t-il. Au-delà de l’aide de financement de trésorerie déjà en place (via le crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi – CICE), Bpifrance prévoit de lancer début septembre, avec le concours des régions, un prêt pour aider les TPE à croître (50.000 euros à cinq ans avec un an de différé de remboursement assorti d’un taux bonifié). Dans un premier temps lancé avec Valérie Pécresse en Ile-de-France, il est proposé à l’ensemble des régions.

Les missions de conseil vont plus que doubler

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